Essentielle

 

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Taylor Leopold

Je compte les canettes de bière vide en bataillon désorganisé sur la table du salon. Douze. C’est la routine du matin. J’ai quatre ans ou peut-être six, ça a duré tellement longtemps. Je suis dans les jupes de ma mère qui fait des aller-retours du salon à la cuisine, les mains balladant ces soldats translucides verts qui vont, dans un ultime tintinnabulement,  rejoindre leur cimetière à l’endroit de la poubelle. Lire la suite

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Je Vous Vois. Je Vous Lis. Je Vous Vis

 

Dédicace à tous mes lecteurs, à mes contacts virtuels mais néanmoins précieux…

Cher lecteur fidèle ou papillonnant,

Pour commencer, permets-moi de te vouvoyer.

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Mon Anonymat

Motion Shot Of Dyed Hair

A qui ressemble-t-elle, Aspipistrelle?

Souvent je me pose la question de savoir si je dois ou non lever mon anonymat sur ce blog, faire mon coming out public et poster des portraits de moi.

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Le sommeil est précieux pour moi, l’Aspie

J’entends les pas de ma petite Marianne résonner dans le couloir. Je m’apprête à ce qu’elle ouvre la porte de notre chambre. D’habitude, je suis déjà réveillée et préparée quand elle se lève. Je me dis donc que soit je suis en retard : panique (voir ce post) soit il est très très tôt car j’ai pour habitude de me réveiller à 06h30. Je regarde le réveil: 05h48. Marianne est déjà bien éveillée et  prête à courir le marathon, elle parle fort et me raconte tout ce qu’il lui ait passé par la tête depuis qu’elle est debout. Je tente de lui expliquer qu’il faut aller se recoucher, qu’il est trop tôt. Pour une fois, elle ne fait pas de crise et accepte gentiment. Je me recouche sans pouvoir toutefois me rendormir. De toute manière, Marianne sera de retour à 06h20 pour un lever définitif. Je pense qu’elle ne s’est pas rendormie non plus. Il s’ensuivra une longue journée pendant laquelle je devrai être vigilante car mes troubles autistiques sont plus ou moins intenses en fonction de mon état de fatigue.

Que se passe -t-il chez moi quand je suis fatiguée? Plusieurs choses. Pour commencer, je suis beaucoup plus maladroite. Peut être que ma coordination est encore plus mauvaise que d’habitude. Aujourd’hui, j’ai juste renversé ma tasse à café. D’autres fois, je peux avoir du mal à conduire. J’ai déjà abîmé la voiture à de nombreuses reprises: j’ai foncé dans des trottoirs, arraché le bas de caisse ou encore plié l’aile arrière lors d’une manoeuvre dans un parking. Je ne suis pas fière et ça illustre les conséquences coûteuses que le manque de sommeil peut avoir.

Deuxième chose, l’information ne rentre plus et l’effet est d’autant plus important que je suis occupée avec mes mains à faire quelquechose. Ainsi, ma fille peut très bien me parler sans que je l’entende. Je la vois s’agiter, ouvrir la bouche mais je ne l’entends pas. Je dois alors dans ces moments là, traiter les choses de façon séquentielle.

La fatigue entraine chez moi un mutisme et une surdite selective

La fatigue entraine chez moi un mutisme et une surdite selective

Troisième chose, l’information ne sors plus. Pour illustrer cela, je peux créer une idée dans ma tête, les mots se forment, ils se mettent dans l’ordre pour former une phrase. OK, c’est bon, encore un petit effort et je peux prononcer une phrase sensée. Mais malheureusement, ces fichus mots ,avant de sortir de  ma bouche, ont la bonne idée de se mélanger voire de se déformer. Il arrive alors deux possibilités, soit je n’arrive pas à dire ma pensée soit je sors des propos assez incohérents qui me vaudront une petite moquerie de mon conjoint. (note: après avoir écrit ce paragraphe, je me rend compte que je ne dois pas être toute nette pour savoir analyser à ce point ce qui se passe dans ma tête :-)). Je ne sais pas si c’est possible mais quand ça m’arrive, que les mots tournent et ne sortent pas, j’ai l’impression de sentir la partie gauche de mon lobe frontal. Bon d’accord, ça y est, je vous effraie là, c’est sur maintenant. Ne partez pas chers lecteurs, vous êtes deja si peu nombreux et je ne suis pas si dingue.

Dernière conséquence: je me disperse. J’entend par là que je veux faire cent mille choses mais pourtant inutiles. Je pense que ce besoin de « faire » et une façon de reprendre le contrôle. Par exemple, je veux aller me laver les dents avant d’aller au boulot et je dois monter les escaliers qui me guideront à la salle de bains. Et bien, je vais voir la poussière dans les escaliers et donc je vais vouloir balayer. Une fois que c’est réglé, je vais passer devant la chambre de ma fille et voir à travers les lentilles déformantes de l’autisme, le bazar « monstre ». Je vais me sentir obligée de tout ranger pour enfin finir par oublier ce pour quoi j’ étais montée.

En conclusion, le manque de sommeil me rend empotée, sourde et muette et en retard!

La solution: dormir,dormir et dormir! Il faut recuperer meme si on le sait bien, l’aspie n’aime pas aller se coucher tot car elle a tant de choses encore a analyser, elaborer, controler, ranger…J’ai compris il y a peu l’importance du sommeil. J’essaie donc de me coucher tous les soirs a la même heure. Ok, ça fait mémère mais je sais que je ne serai pas une vraie furie avec ma famille le lendemain. Je pense que si le corps est habitue a s’endormir tous les soirs a la même heure, il sera de plus en plus facile de s’endormir. De plus, cela participe a la mise en place d’une routine que les aspies chérissent tant. Bien sur, il  y a des personnes Asperger qui ont de grosses difficultés à trouver le sommeil.

Et vous, que vous arrive-t-il quand vous manquez de sommeil?

Expression artistique de l’autisme

Une de mes créations photographiques avant de savoir que j'étais  peut être autiste.

« Locked up, juin 2010 par Aspipistrelle ». Une de mes créations photographiques avant de savoir que j’étais peut être autiste. Bonne anticipation, non?

 

Parmi mes centres d’intérêt spécifique sse trouve la photographie et la manipulation d’images. Je me demandais ce matin si je pouvais vous parler de mon travail artistique sur ce blog. J’ai en effet, un compte Flickr présentant mes photographies. Je ne souhaite finalement pas mettre directement un lien vers ce compte car mon idée y est révélée et pour des raisons qui me sont propres, je ne souhaite pas être reconnue car je ne mesure pas encore les conséquences que ce blog ou même l’annonce de mon autisme pourrait avoir sur ma famille. Soit. En parcourant mon compte Flickr que j’ai abandonné  depuis quelque temps, je suis retombée sur cette photographie que j’avais réalisée quelques années avant d’apprendre que je souffrais peut être du syndrome d’Asperger. Je me rends compte a` quel point, celle-ci traduit l’enfermement intérieur que peut représenter l’autisme. A cette époque, je sentais que je n’étais pas comme les autres mais je ne savais pas comment le traduire et l’expression artistique a alors été le seul moyen d’exprimer cet enfermement mental que peut représenter l’autisme. L’art, la création m’ont sauvée a de nombreuses reprises.

Chronique d’un « meltdown » annoncé

Voici l’histoire courante de moi pleurant dans les toilettes lors d’un anniversaire.

Aujourd’hui nous avions 13 personnes à la maison, toute la journée pour fêter l’anniversaire de la première fille de mon conjoint. Les jours précedents, nous avions pris le temps de tout bien préparer afin de ne pas avoir à courir partout. Je sentais que je gérais plutôt bien les conséquences qu’un tel évênement engendre à savoir, le besoin de plus d’épicerie, la modification de la disposition du salon, la préparation de nombreux plats et le nettoyage poussé de la maison pour qu’elle soit acceuillante. Jusque là, je me sentais calme et loin de la surcharge. Pendant le repas, j’étais gentille avec les enfants (au nombre de 6), je servais les invités et intervenais dans la conversation entre deux apéros.

Après que le repas soit terminé et que la table du salon soit débarassée, je me dirige vers la cuisine pour faire la vaisselle. Mon conjoint me rejoins ainsi que ma belle-mère qui me demande si j’ai besoin d’aide. Dans ma belle famille, il est de coutume de se retrouver à 4-5 dans la cuisine à laver, essuyer et ranger la vaisselle tout en continuant à bavarder. Je connais cette « coutume » que j’apprécie même souvent et qui permet de répartir le travail et de gagner du temps. Toutefois, je réponds sechement à ma belle-mère que je vais me débrouiller. Puis ma belle-soeur propose à son tour son aide. Tout commence à devenir flou dans ma tête, je la renvoie tout aussi sèchement au salon. Ma belle-mère revient et demande quel torchon elle doit prendre.Je lui parle alors suffisamment grossièrement pour qu’elle ait comprenne le message et qu,elle ne revienne plus. Mon conjoint, qui a assité à la scène, se met alors en colère et me demande ce que je suis en train de faire, me demande pourquoi je n’accepte l’aide de personne alors que la cuisine est sens dessus dessous. Je ne comprends pas pourquoi il ne voit pas que j’ai besoin d’être seule et que faire la vaisselle SEULE, loin de ce brouhaha me serait salutaire et m’éviterait une crise due au surmenage. Une tempête émotionnelle que je connais trop bien m’envahit. Je jette le torchon et me dirige vers l’entrée. Je veux m’enfuir. Je mets mes sandales, je veux quitter les invités, cette maison et courir.

La communication entre un autiste et un neurotypique est souvent conflictuelle.

La communication entre un autiste et un neurotypique est souvent conflictuelle.

Mais maintenant que je suis une aspie expérimentée, c’est à dire, adulte, je sais que la maîtresse de maison ne quitte pas ses invités en plein milieu de la fête et qu’une belle mère ne doit pas gacher l’anniversaire de sa belle fille avec un comportement incompréhensible. Je me réfugie donc aux toilettes où je pleure en silence et tente de rectifier mon maquillage car je sais que je vais devoir retourner à la fête comme si rien ne s’était passé, comme si je n’étais pas autiste. Mon conjoint toque à la porte et me demande, à voix douce de sortir. Une voix qui veut dire: vient, on fait la paix. J’ouvre et j’essaie de cacher que j’ai pleuré. Il me demande pourquoi je me comporte ainsi et je lui dis que c’est à cause de mon autisme, que j’étais en surcharge sensorielle mais que je ne l’ai pas senti arriver. Il me prend dans ses bras, je sais alors que la tempête est passée. Nous étions tous les deux malheureux : lui, de n’avoir pas détecté que mon comportement pouvait résulter de mon syndrome et moi, de l’avoir tant déçue par mon comportement envers lui et les membres de sa famille. Il m’a dit qu’il fallait que lui parle et lui explique en douce quand je sentais que je n’allais pas afin qu’on trouve une solution et qu’il temporise mon absence si nécessaire. De son point de vue, j’avais commencé à agir de manière incompréhensible, désordonnée, sans aucun sens. Je lui ai répondu que ce qu’il avait vu, c’était moi, l’autiste sans contrôle sur mon autisme…

Les cauchemars

Je déteste faire des cauchemars.

Parce que je les visualise sur mon écran mental de façon persistante

J’y rencontre souvent des créatures sorties tout droit des films d’horreur les plus terrifiants. Comme mon cerveau est un vrai écran de cinéma et bien quand je me réveille,  je suis toujours en présence de ces mêmes créatures. Elles m’apparaissent toute la journée sur mon écran mental comme si elles faisaient partie du réel. Ainsi, je peux avoir une conversation normale avec mon conjoint tout en « voyant » ces créatures avec de nombreux détails de facon saississante. Cela dure environ un à deux jours, les détails s’estompent puis les images disparaissent. Je peux donc etre effrayée  toute une journée à l’idée de revivre éveillée certaines scènes de ces cauchemars. Et vous, avez-vous des expériences similaires avec vos reves?

Mystery. Magic Woman Silhouette in Old Smoky Castle. Mystic Ancient Scenic