La Méditation, Une Béquille à Mon Autisme #1

Au delà du contact que j’ai réussi à reprendre avec mon corps, j’ai remarqué que la pratique quotidienne de la méditation avait également des bénéfices sur certaines hypersensibilités liées à mon autisme. C’est ce thème que je souhaite aborder dans cette série d’article. Je commence ici par raconter pourquoi je me suis mise à la méditation de pleine conscience.

« Quelques jours avant mon opération, j’avais décidé d’habiter à nouveau pleinement ce corps,  condition pour ne pas rater ma convalescence. Mon but était simple et clair : reconnaître ses besoins et y répondre pour guérir au mieux. »

La méditation, je m’y suis plongée corps et âme dès lors que je me suis réveillée dans mon lit d’hôpital avec des points de suture sur la poitrine courant sur 13 cm. Je n’avais pas le choix, ce corps dont je tentais d’étouffer les nombreux maux depuis sept ans hurlait son existence à chaque soulèvement de cage thoracique, à coup de douleurs aigües générées par la peau entaillée puis recousue et la chair fraîchement triturée. Quelques jours avant mon opération, j’avais décidé d’habiter à nouveau pleinement ce corps,  condition pour ne pas rater ma convalescence. Mon but était simple et clair : reconnaître ses besoins et y répondre pour guérir au mieux.  En bref, éviter de mourir.  Je voulais donner à chaque cellule me composant, l’énergie nécessaire pour qu’elle puisse travailler au mieux et ainsi me réparer. Je voulais pouvoir les encourager pour qu’elles ne défaillent pas. La cicatrisation peut très bien se réaliser sans qu’on en prenne conscience ou qu’on s’y interesse. Toutefois, se ménager, s’écouter dans ces circonstances, c’est sans doute le meilleur moyen pour éviter de retarder la guérison. Pour que l’opération soit une réussite, l’esprit doit être plus conciliant que d’habitude. Il doit donner la priorité au corps, prendre moins d’énergie, être plus indulgent. Il doit apprendre à repérer les signaux donnés par le corps: la faim, la fatigue, les tiraillements, les engourdissements et apprendre à y répondre. Pour cela, il faut savoir sonder son corps, être attentif. J’ai pensé que la méditation serait un excellent outil pour cet exercice, moi qui incarne peu mon corps. En effet, je suis toujours perchée là-haut dans ma tête à penser tout le temps d’une part par formation professionnelle (je suis physicienne pour les nouveaux lecteurs qui découvrent cet article) et d’autre part car j’aime réfléchir en profondeur et à longueur de temps sur toutes les questions qui se présentent à moi de façon générale.

« J’espérais  pouvoir trouver un langage commun et reconcilier corps et âme par la méditation. »

Ainsi, afin de pouvoir méditer sur de longues périodes, je m’étais rendue à l’hôpital sans distraction, motivée à renouer le dialogue entre ces deux entités que sont le corps et l’esprit que j’avais de longue date, appris à discerner. Depuis des années, je suis l’incarnation de la dualité, corps/esprit. Sans savoir ce qui m’attendait sur mon lit d’hôpital, j’avais restreint volontairement mes sources de distraction: dans mon sac à dos, j’y avais mis mes affaires de toilette et un livre qui serait lu en trois heures. Dans la chambre,  pas de télévision ni de wi-fi ni de 4 G. J’espérais ainsi pouvoir trouver un langage commun et reconcilier corps et âme par la méditation. La réalité fut bien plus crue: je passerais près de 100 heures d’intimité avec la douleur intense d’un corps fraîchement ouvert, avec pour seul paysage à l’horizon, les deux montagnes formées par mes pieds sous le drap bleu encadré par la barre d’inox de  mon lit. Cette douleur post-opératoire m’empêcherait même d’émettre le moindre souhait ou d’avoir la moindre volonté.

« J’ai pris conscience des conséquences de négliger son corps sur le long terme. »

Durant ce séjour, j’ai pris conscience des conséquences de négliger son corps sur le long terme. À mon réveil, une infirmière m’expliquait qu’exceptionnellement  on n’avait pas pu me mettre sous pompe à morphine pour atténuer ma douleur du fait de ma trop faible tension conséquence de mon trop faible poids. Comme souvent,  face à une rupture du protocole de soin accompagnée d’un manque de personnel, aucune solution palliative ne fut proposée.  Au bout de deux jours et ne supportant plus la douleur, je m’aventurai à demander si je pouvais avoir au moins un comprimé de paracétamol. L’infirmière interloquée me répondit : «Vous voulez dire qu’on ne vous a rien donné et que vous supportez la douleur sans analgésique depuis deux jours ? Oh ma pauvre! Vous auriez dû le dire plutôt! Ha bah, vous êtes courageuse! Attendez, je vais vous chercher quelque chose! » Elle revint avec des pilules tellement fortes que j’eus des vertiges plus prononcés qu’en ayant bu un demi-litre de whisky à jeun. Au moins, ils  aidaient  à taire la douleur pour une paire d’heures. J’acceptais cet effet secondaire distrayant avec soulagement.

« Je fus prisonnière de ce corps immobile et endolori. »

Pendant ces quelques jours et ces quelques nuits seule avec ma tête, je fus prisonnière de ce corps immobile et endolori avec rien d’autre à faire qu’à avaler les comprimés toutes les quatre heures, manger et tendre mon bras pour la prise de tension. Dormir fut juste impossible. Je passai donc mon temps à écouter les bruits de la  rue, les bruits de couloir, à observer la couleur des nuages à travers la fenêtre à demi-floutée qui n’offrez pas d’autres perspectives que celle du ciel. Je suivais la rotation et l’élongation des ombres avec le temps qui passe. J’étais là avec ma propre présence, À chaque seconde, à chaque minute, à chaque respiration. Ce fut mon premier contact avec la contemplation, la méditation autour de l’impermanence des phénomènes. Toutes les deux heures, des visages se penchaient sur mes bandages. Mes constantes vitales étaient mesurées, enregistrées. On ajustait la hauteur de mon lit, posait une main bienveillante sur mon épaule et remontait le drap à ma poitrine.  L’infirmière me demandait avec une voix qui s’adoucissait à mesure que l’heure avançait vers la nuit: «Comment allez vous, madame Aspipistrelle? Vous-vous sentez comment?”. Comment expliquer que la douleur avait pris toute la place et avait pris le contrôle de mes idées, de mes rêves. Elle était monté à ma tête et avait rempli ma boîte crânienne,  pris les commandes et foutu à la porte ce “moi” d’habitude maître des  souvenirs,  des anticipations, des concepts et scénariste hors pair. Comment dire que cet  amas de chair, d’os, de tendons, de liquides enballé dans son enveloppe de peau m’était étranger et insupportable? Taisant ces cris, je répondais humblement «j’ai mal mais ça va. » . «-pour le moment, tout va bien! » me retroquait-on, ce que j’interpretais aussitôt comme une certaine probabilité que quelquechose allait mal tourner. J’avais envie de crier que j’avais peur, peur de ne plus jamais revivre dans un corps qui n’a plus mal, peur que la douleur me quitte plus, peur de mourir.  Je tentai de sonder ce corps des pieds à la tête pour écouter ses souffrances.  Je souriais aux infirmière trop franchement, heureuse d’avoir encore quelques muscles ne souffrant pas de leur contraction.

A  l’aube de mes 40 ans,  je pris la résolution de me reconnecter à mon corps et d’en prendre soin.

Depuis huit ans, mon corps et moi sommes deux entités séparées. Nous vivons chacun de notre côté en quelque sorte. Depuis qu’il a tenté de s’imposer en déraillant sous le coup des hormones de grossesse, je l’ai ignoré, refoulé.  Il m’a privée de pâtisseries et m’a mise au régime en développant un diabète insulino-dépendant puis m’a davantage frustrée  en m’ empêchant de boire du vin ou de déguster des fruits de mer. Voyant l’effet sur mon moral, il a persisté en me collant d’autres allergies alimentaires que celle aux sulfites réduisant ainsi la liste des aliments consommables à peau de chagrin. Il m’a humiliée en me soumettant à l’incommodation du syndrôme du colon irritable et m’a littérallement empéchée de jouir en allongeant le temps de mes règles à trois semaines tous les mois.  J’ai contre-attaqué en le contraignant à l’inanition pour fuire les douleurs abominables,  le ventre gonflé, l’exczéma et les règles interminables.  Ce fut un succès: ventre plat, peau saine, plus aucun saignement. Il s’est vengé en devenant hypersensible à tout:  au vent,  à l’humidité, à la lumière, aux sons, aux mouvements.  Il me faisait me cogner dans les meubles, me contraignait parfois au mutisme et à l’effondrement émotionnel. Lui et moi étions en guerre.  Dans cette bataille, j’adoptais la stratégie de la défense. Il assiègeait mon esprit et retenait pour lui toutes les ressources. Je ne pouvais plus faire aucune activité sans épuisement sauf peut-être l’écriture  Nous fûmes ennemis jusqu’à ce jour où le visage de l’anesthésiste se pencha sur moi en souriant pour me demander de compter jusqu’à 10.

« De retour à la maison après l’opération, j’ai changé d’attitude. J’ai tout fait pour ce corps. »

De retour à la maison après l’opération, j’ai changé d’attitude. J’ai tout fait pour ce corps. J’ai écouté ses moindres désirs. Je l’ai nourri à volonté, l’ai reposé.  J’ai écouté tous ses signaux,  jaugé l’intensité des douleurs, respecté les consignes du médecin à la lettre.  J’ai laissé les infirmières à domicile le soigner jour après jour avec reconnaissance. J’ai médité pour que mon esprit et lui se reconnecte et fasse la paix et trouve un moyen de communiquer à nouveau dans le respect mutuel.

« Depuis 10 semaines, je pratique donc la méditation de pleine conscience d’une à trois heures par jour. Ses bienfaits vont au-delà de mes attentes. »

Aujourd’hui, le filet rouge de 13 centimètres est bien là et cicatrise lentement. Après deux mois et demi, c’est encore douloureux au toucher. Cette fine ligne me rappelle à l’ordre quotidiennement. Depuis 10 semaines, je pratique donc la méditation de pleine conscience d’une à trois heures par jour. Ses bienfaits vont au-delà de mes attentes et de mes objectifs initiaux. Je vous raconterai cela dans le deuxième épisode de cette série consacrée à la méditation.


Crédit photo: nathan mcbride

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8 réflexions sur “La Méditation, Une Béquille à Mon Autisme #1

  1. Bonsoir Aspipistrelle.
    « Je voulais donner à chaque cellule me composant, l’énergie nécessaire pour qu’elle puisse travailler au mieux et ainsi me réparer. » Exactement , la solution est là.
    J’ai aussi connu , durant cette période de ma vie , en 2016 , époque à laquelle la douleur à quasiment tout détruit , mais quasiment seulement , suite à une opération de l’épaule gauche , facturée en mille morceaux , suite à une chute d’une hauteur de 3 mètres , sur un escalier en béton armé , tête la 1ère , mais réflexe de survie , mon bras gauche s’était mis en parade ! malgré des doses quotidiennes de morphine et paracétamol à dose maximum. Je réussissais , grâce à ce traitement , a descendre à 9/10 dans l’échelle des douleurs. Mon chirurgien m’avait dit que « j’allais souffrir un peu. » …Il m’a alors conseillé de prendre , de temps en temps , mais uniquement en verbal , sans ordonnance !!! de prendre un verre d’alcool fort qui potentialise les effets des antalgiques , et en particulier de la morphine. Après 3 ou 4 nuits sans sommeil , je prenais donc cela , et enfin , je réussissais à dormir 4h de suite. Cela a duré 5 semaines interminables. Je n’ai pas pu me coucher dans mon lit durant 6 mois , car la position allongée réveillait cette douleur. Je « dormais » donc dans un fauteuil de mon salon ( 6 mois ). Puis mon médecin généraliste m’a prescrit des séances de kinésithérapie . J’ai eu la chance incroyable ( hasard qui n’existe pas ! ) de rencontrer un kinésithérapeute qui était , et est , maitre dans l’art du Reïki. Dès la 1ère rencontre , lors de la prise de rdv futures , il m’a demandé de le suivre dans un box. Il a alors pratiqué , sur moi , un soin « bobo là » Reïki . La douleur a disparu en 20sc , enfin , le temps exact , je ne sais pas. Puis , en même temps que mes séances de kiné , je me suis inscrit à un stage d’initiation au Reïki , niveau 1 et 2 , qu’il proposait . Au cours de ce stage , en suivant ce que nous venions d’appendre , il nous a demandé de « soigner » une personne à distance , qui accepterait ce soin. Je savais , depuis le matin , que ma compagne , qui était partie au travail , avait , ce jour là , très mal à l’estomac. Je me suis donc « concentré » sur ce problème , à 11h du matin. Le soir , de retour à la maison , après une discussion concernant sa journée , elle m’a dit que son mal à l’estomac avait disparu à 11h du matin…. Voilà , voilà. Tout ceci pour dire que l’énergie qui nous entoure , qui inonde tout l’univers , que l’on apprend à capter et canaliser dans le Reïki , en liaison avec l’énergie céleste et tellurique , est d’une puissance infinie , et pourtant réelle…En tant que physicienne , à mon avis , c’est une problématique sur laquelle je me pencherais. Bonne soirée Aspipistrelle.

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    • Bonjour Jean-Loup et merci pour votre témoignage très intéressant. Je pourrais effectivement réfléchir à un protocole expérimental qui pourrait mettre en évidence ces interactions. Encore merci pour votre partage! A bientôt,
      Aspipistrelle

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      • Je ne suis pas physicien,un simple autodidacte. Par contre , je sais une chose qui peut être une piste de travail : Albert Einstein a laissé derrière lui une formule : E=mc2 m étant la masse exprimée en joules , c (vitesse de la célérité , soit la vitesse de la lumière) au carré !! On cherche maintenant,par exemple, l’énergie contenue dans une simple pomme . Et là le chiffre obtenu est à en perdre la raison. Fais ce simple calcul , aspipistrelle . Je te souhaite à toi et ta chérie de petite fille une excellente soirée.

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  2. Rebonjour , mon témoignage a été effacé ! Ton ( on se tutoie entre Aspi ? ) article est très émouvant et très bien écrit . J ‘ai 45 ans et c ‘est seulement depuis 2 mois que j’ ai découvert mon TSA grâce au yoga et à la méditation . Je pensais être simplement une personne à haut potentiel . La méditation a changé ma vie , je suis plus organisée , concentrée et j’ ai plus de recul.Je savoure mieux les joies de la vie . Couplée au yoga ( une heure par jour ) la méditation a transformé ma vie d ‘ Aspie : je ris pour un rien , j’ ai plus d ‘ énergie . Bon je continue toujours à souffrir de l’ agressivité des autres mais cela dure moins longtemps . J ‘attends la suite de tes articles avec impatience . PS : yoga = union corps-esprit . supermamanzen.blogspot.com

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    • Bonjour Séverine et merci pour ton témoignage. Je prépare justement un article sur ce qu’a changé la méditation sur ma vie d’aspie. Tes mots résonnent vraiment avec mon expérience. Depuis que je médite, j’ai l’impression de me transformer totalement, de devenir une autre personne. Je me demande souvent si c’est l’effet de restructuration cérébrale qui donne cette sensation. Pratiques-tu avec un guide (maître Zen , psychiatre, …)?

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  3. Pingback: La Méditation, Une Béquille à Mon Autisme #2 | Aspipistrelle

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