Voilà! J’écris un livre.

girl typing on a typewriter

Mon rêve est de devenir écrivain et d’en vivre.

Etant une personne d’action, j’écris donc un livre dont le personnage principal est Marie et je raconte son histoire à travers le prisme des ses sensibilités, de son autisme. Marie veut devenir écrivain mais ne sait pas comment s’y prendre.

Je vous livre ci-dessous un extrait. 

Hier, elle s’était aventurée à dîner dehors sur la terrasse. La plupart du temps, elle n’aimait pas passer la large porte fenêtre du salon pour se rendre sur le balcon. Le risque était de subir un changement brusque de température, d’humidité et de sentir la brise lui caresser la peau. Ces sens se mettraient alors tous en alerte, perturbés de leur longue somnolence et enverraient au cerveau tout un tas d’informations que celui-ci n’arriverait pas à décoder finissant incontestablement dans un état de saturation qui se traduirait par un malaise généralisé et la pousserait à faire demi-tour pour repasser à l’intérieur. Là où la température serait constante,  sans zones ensoleillées ou assombries, sans mouvement des masses d’air.  Là où ses sens seraient sous laisse et où l’esprit aurait toute sa place pour vagabonder et s’extraire à souhait du réel. Cependant, la chaleur à l’intérieur avait été écrasante toute la journée. Le thermostat indiquait 26°. Pour se mettre à l’aise, elle avait enfilé son vieux short noir en jean qu’elle traînait depuis une dizaine d’années et un haut de bikini. Malgré le peu de tissu qui couvrait sa peau, elle se sentait lourde et sa chevelure épaisse qui lui courait dans la nuque agissait comme un rideau épais derrière lequel la sueur perlait. D’ailleurs, dans un geste machinal et répétitif, elle relevait ses cheveux pour laisser l’air entrer en contact avec sa peau. Une solution aurait été de les nouer en chignon haut mais elle détestait avoir les cheveux tirés en arrière. L’effet de tiraillement sur son visage lui était insupportable. Plaqués contre le crâne et regroupés par un élastique noir en silicone en haut de la tête, ses cheveux adoptaient un arrangement forcé  qui s’écartait de leur position naturelle  habituellement imposée par la gravité. Pressés les uns contre les autres par cette force élastique et entortillés, ses cheveux pouvaient casser, s’ abîmer. Elle pouvait imaginer chaque follicule au supplice et par conséquent ressentir de la peine à l’endroit de sa chevelure qui devenait alors un être surnaturel, personnifié. Dans la vie de tous les jours, elle la laissait en liberté pensant à ses cheveux comme à de petits serpents dociles et inoffensifs, à l’image de la méduse du Caravage. Ce manque de discipline capillaire avait une conséquence certaine sur l’allure générale de Marie. Des cheveux en bataille pourrait-on penser, des cheveux libres et heureux pensait-elle au contraire en regardant cette masse indisciplinée sur sa tête.

Sa terrasse carrelée de 5 m² offrait une vue sur une flore luxuriante ce qui était exceptionnel pour un appartement de ville. Le jour où elle avait fait sa visite de ce quatre pièces, l’extérieur était plongé dans le noir, elle n’avait donc pas pu observer la vue. La propriétaire qui occupait alors les lieux lui avait assuré du caractère exceptionnel de celle-ci. Marie n’avait pas prêté attention à ses propos, pensant alors que la propriétaire cherchait seulement à valoriser son bien pour le louer au plus vite et ainsi ne pas perdre d’argent. Le critère de la vue n’était pas essentiel pour Marie, elle avait décidé de le prendre malgré tout car il était idéalement situé par rapport à son travail et à l’école. De plus, il était refait à neuf incluant les portes fenêtres qui promettaient une excellente insonorisation aux bruits de la ville. Sa deuxième visite avait eu lieu le jour, un après-midi du mois de janvier dans le but de signer le droit au bail. Après avoir été invitée par son hôte à s’asseoir à la table qui trônait seule au milieu du salon vidé de ses meubles, entourée de cartons posés à terre, la gueule ouverte laissant apparaître des objets hétéroclites, elle avait été saisie par la lumière de la pièce qui provenait de cette large baie vitrée qui s’étalait sur 3 mètres et offrait cette vue extraordinaire mentionnée quelques semaines plutôt à la va-vite . Elle posa son regard à l’extérieur et fut subjuguée par tant de beauté incarnée par des arbres qu’elle estimait centenaires au vu de la taille et de la grosseur du tronc, de l’ajustement harmonieux des arbustes dans les jardins parfaitement entretenus et dans la façon dont les immeubles bas se fondaient dans cette nature. L’émerveillement exerça sur ses jambes une poussée incontrôlable qui la fit se dresser et de sa bouche sortit un « waouh » d’étonnement. Elle sentit une émotion esthétique forte comme à la vue d’un chef-d’œuvre d’un grand peintre sauf que là, ce tableau était en trois dimensions et mût par le vent glacial. La propriétaire se colla à ses côtés à la vitre et poussa un long soupir, expression du regret de devoir quitter un environnement aussi riche pour un endroit inconnu qui ne comprenait sans doute pas toutes ces beautés. L’émotion de l’étrangère se propagea dans tout le corps de Marie comme si elle était sienne. Elle ne tenta pas de la chasser, elle avait l’habitude d’absorber les états émotionnels des autres et ne luttait pas contre. Marie vit le vol en parabole des oiseaux des mésanges entre deux arbustes proches. Elle remarqua les nombreuses maisonnettes de bois suspendues dans les arbres débordantes de graines. Elle nota la tenue impeccable des jardins. Elle se dit que ses voisins devaient aussi être  extraordinaires comme si la nature, propriétaire des lieux, les avaient sélectionnés pour  leur amour pour elle. A l’heure d’un nouveau départ, Marie ressentait un fort apaisement intérieur. Pour une fois se disait-elle, la chance avait tourné en sa faveur.

L’architecte avait eu l’ultime délicatesse de l’esthète de remplacer le muret de la terrasse faisant face aux jardins par une surface en plexiglas transparente ce qui avait pour effet de ne pas bloquer la vue et donner l’impression d’une continuité entre le salon, la terrasse et la nature. Ceci était accentué par un effet de suspension du fait de la disposition de l’appartement au premier étage. La terrasse était entièrement couverte par le balcon du logement supérieur. Ainsi, la combinaison de ce toit en béton et de cette vitre en plexiglas offrait un espace où on se sentait libre et protégé à la fois.

Depuis son opération de chirurgie esthétique, Marie trouvait son corps beau, plus harmonieux. Elle aimait à jauger sa perfection. Elle était satisfaite des proportions et pouvait donc l’oublier. Depuis quelques mois maintenant, elle faisait fi du regard posé sur elle, n’essayait plus d’interpréter les intentions des autres. Elle ne craignait plus le jugement des autres quand à son large tatouage qui s’étalait entre ses omoplates. Il y a encore quelques mois, elle aurait imaginé les regards scrutateurs de ses voisins posés sur son corps assis là, à la terrasse. Elle aurait imaginé leurs pensées « mais qu’a-t-elle à se montrer en bikini à son âge, qu’est-ce que c’est que ce tatouage vulgaire qui lui barre le dos? Qu’est-ce que cela exprime de sa personnalité? Elle dîne seule, cela doit être déprimant! » Elle avait réalisé depuis peu que ces voix n’étaient que la manifestation de ses propres craintes. Aujourd’hui, les voix s’étaient tues et ce silence intérieur lui permettait de profiter pleinement du soleil de juillet dans son dos. Ni brûlant ni trop doux. Des voix humaines lui parvenaient tout de même des autres balcons. C’était une autre raison pour laquelle elle se protégeait de l’extérieur. Elle captait tous les sons. Elle perçut le clinquement des couverts sur les assiettes au quatrième étage, accompagnés des voix de la voisine et de son mari. Ils échangeaient sur leur journée. La voix de la femme était teintée de ressentiment et celle du mari était exagérement douce et réconfortante. La voisine avait annoncé à Marie quelques jours auparavant que son mari venait d’être muté à l’autre bout de la France et qu’ils n’avaient que les deux mois d’été pour préparer leur départ avec leurs deux filles chamboulant par la même occasion leurs vacances. Le mari se sentant probablement coupable de déplacer toute sa famille vers un territoire inconnu devait ménager le mécontentement de sa femme. Marie perçut cette tension dans leurs échanges. Les voisins du rez-de-chaussé faisant partie de l’élite sélectionnée par la nature, préparaient le repas. Les pas des aller-retours de la cuisine à la terrasse claquaient sur le carrelage. On déposait une pile d’assiette puis une poignée de couverts métalliques sur la table. On débouchait une bouteille de vin en laissant échapper une exclamation pendant l’effort. Chacun s’invitait sans le savoir dans l’espace de Marie, ce qui pour une fois ne l’irrita pas comme si elle était régénerée par ces rayons lumineux qui lui réchauffaient la peau. Elle les accueillit sans lutter, sans juger.

 En plus de tous ces sons,  Marie fut envahie du mouvement du monde l’amenant à la limite de la nausée. Elle percevait la course des insectes, le vol faussement aléatoire des papillons, le battement d’aile des oiseaux, le balançement des branches d’arbres qui sous l’effet du vent donnaient l’impression de bras disant au revoir. Elle avait pleinement conscience de tous les petits déplacements de la faune et de la flore environnantes et ne pouvait pas s’en échapper.  Face a son assiette d’aubergines frites, elle résista à l’envie de rentrer, ferma les yeux un instant pour bloquer l’animation visuelle provenant des jardins et se concentrer sur le contenu huileux de sa bouche. Plus tard, après avoir débarrassé la table, elle apprécierait de lire dehors progressant parmi les pages au rythme du soleil descendant dans le ciel et dans le bas de son dos. Elle passerait ensuite sa soirée à écrire à son bureau. À son grand étonnement, cette activité la remplit d’énergie et ce soir-là, malgré la mi-nuit passée, elle eut du mal à s’endormir ce qui ne lui arrivait quasiment jamais.

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6 réflexions sur “Voilà! J’écris un livre.

  1. Vous avez une écriture riche. C’est facile pour moi de comprendre ce que Marie perçoit.
    Dans certains romans que j’avais essayé de lire, il y avait de grandes descriptions qui ne sont pas vraiment en lien avec ce que le personnage vit ou perçois.
    J’ai déjà voulu devenir écrivain, mais j’ai toujours abandonné les histoires que j’essayais d’écrire. Dorénavant, je n’écris que pour mon blogue des textes qui font entre une page et une page et demi.

    Aimé par 2 personnes

  2. hâte de lire la suite, je n’ai jamais vu/lu ce style d’écriture. Ça m’est aussi facile de le lire, de ressentir et m’identifier… c’est donc bien agréable … 🙂

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  3. Oh oui quel plaisir de lire des personnages qui nous ressemblent, enfin, dans lesquels on peut se retrouver sans mille contorsions mentales ! Et le plaisir des mots, d’une syntaxe riche 🙂
    Bonne écriture !

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  4. Un style très envoûtant dans cet extrait, c’est agréable à lire et captivant alors même qu’il ne se « passe » pas vraiment grand-chose. Merci pour ce partage!
    Nous avons cette envie d’être écrivain et peut-être même d’en vivre en commun. Je pense que c’est possible, au moins partiellement – il faut juste au début arriver à écrire à côté du travail. C’est mon gros problème, je n’avance pas sur mon projet parce que je suis beaucoup trop fatiguée par le travail pour écrire…

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  5. Pingback: La Méditation, Une Béquille à Mon Autisme #1 | Aspipistrelle

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