Les Opprimés.

Liberté d'être soi.

La liberté d’être soi et de pouvoir s’exprimer.

Nombreux autistes n’ont jamais eu la chance d’être dans un environnement socio-économique favorable qui leur permette de fonctionner au mieux de leurs capacités. Ainsi, ils ne sont perçus par la société qu’en terme de troubles, de dysfonctionnements, de syndrôme. Mais que deviendraient-ils si leurs besoins primaires étaient comblés?

Comment se comporteraient-ils s’ils pouvaient adapter leur dose de stimuli, choisir la texture de leur nourriture, la matière de leurs vêtements, le niveau sonore de leur cadre de vie, les personnes avec lesquelles ils interagissent au quotidien? S’ils n’avaient pas à se soucier des fins de mois difficiles, si leurs besoins matériels étaient pris en charge, s’ils pouvaient sautiller, se balancer, agiter leurs mains, crier à souhait loin du couperet des conventions sociales?

« une fois que j’ai mon environnement sous contrôle, mon pouvoir créatif est décuplé. »

Lors d’une conférence de sensibilisation du grand public à l’autisme au féminin, une femme autiste témoignait en disant « une fois que j’ai mon environnement sous contrôle, mon pouvoir créatif est décuplé. »

Les autistes sur le devant de la scène qui s’expriment aujourd’hui dans les média français en notre nom sont sans doute des autistes qui ont le luxe de pouvoir gérer cet environnement. Pour ma part, j’ai un emploi dans la fonction publique bien rémunéré qui me permet de vivre dans un voisinage privilégié. Je choisis mon emploi du temps. Je m’entoure de personnes positives et bienveillantes. J’ai le luxe d’avoir des plages de calme où je peux m’adonner à l’écriture et à la lecture dans mon bureau personnel. Aucun tiers ne m’impose son style de vie, son rythme, ses divertissements. Je n’ai pas d’influence extérieure qui me renvoit une image déficiente de moi-même.

Depuis que je suis libre de faire ces choix pour mon bien d’autiste, j’écris, je crée et surtout je partage mes écrits pour ceux qui n’ont pas cette liberté d’être eux-même: les opprimés. Ceux à qui on ne donne pas la chance de montrer leur force, leur talent ou même leur empathie. Ceux qui sont sur le qui-vive en permanence et qui ne peuvent agir qu’en réaction contre leur environnement qui leur est hostile.

Les autistes qui se trouvent dans cette précarité financière, exclus, dépendants, mal-aimés, dévalorisés par la société. Ceux-ci même ne se sentent pas représentés par les autistes libres et privilégiés comme moi, les autistes « à haut degré de fonctionnement », les autistes heureux en apparence, les autistes « à succès » (toujours en apparence).

C’est une mauvaise bataille. Nous sommes les faux ennemis. Amenez-moi à la fête de la bière à Munich toute une soirée et vous me retrouverez mutique pour les deux, trois jours qui suivent. Faites-moi partager un bungalow en été pendant quinze jours dans un camping bondé avec une famille de bon vivants et vous me retrouverez sur la plage couverte de la tête aux pieds malgré la chaleur pour pouvoir réduire les stimulations sensorielles.

Des entreprises de la Silicon Valley et en France, des universités en Israël  ont compris qu’adapter l’environnement des travailleurs autistes permettait de réveler leurs compétences.

Les autistes qui n’aiment pas que l’on présente les Aspergers sous ce jour sont sans doute des autistes opprimés, offensés comme moi-même je l’ai été et qui n’ont pas eu encore la chance de mettre à jour leur trésor intérieur et de le partager. Sans doute pensent-ils qu’ils n’ont pas de talent particulier à valoriser, parce qu’ils n’ont pas encore été libérés, libérés des normes, des stimuli, de la précarité financière, de tiers nocifs souvent détenteurs d’une certaine autorité (aidants non formés à l’autisme, comportementalistes, psychanalyste…).

Je souhaite profondément et sincèrement à tout autiste de pouvoir un jour goûter à cette liberté. La liberté d’être soi-même, en paix.


Suivez-moi sur Facebook ou Instagram ou contactez-moi : aspipistrelle@yahoo.fr
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2 réflexions sur “Les Opprimés.

  1. Oui, mille fois oui. Merci pour cet article. Quand j’ai un environnement un minimum adapté, j’ai l’impression d’être surpuissante. Tous les flux d’énergie, de pensée, de logique, d’organisation, de créativité, se débloquent en moi. Malheureusement la plupart du temps je suis comme beaucoup d’autres pliée sous le poids du souci financier, souci de l’avenir, anxiété sociale et peur des changements et envahissements de ma bulle.

    Je pense cela dit que la voie la plus épanouissante pour beaucoup d’autistes n’est pas forcément dans des entreprises à but lucratif… je crois qu’on est beaucoup plus productif.ve.s, créatif.ve.s quand on n’est pas pressé à faire du rendement et du commercial…

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