Ma Douche, Mon Laboratoire à Idées

Mise en mots de ma nature introvertie, intuitive et introspective.

Je suis introvertie, introspective et intuitive.

Je vis dans un monde de pensées. Je crée des liens entre les évènements, les comportements des gens, les lois physiques. Je cherche du sens en permanence. Pas seulement dans ce que je vois ou ce que je vis mais de façon plus générale, plus globale. Je cherche le sens du travail, de la vie, de l’univers. Je retourne les faits, les idées, les concepts dans ma tête. Je les machouille, les étripe, les disperse, les recompose par affinités pour en faire un amalgame qui porte un sens. Je réfléchis sans cesse.


Sans

 

cesse.

 

Inextinguiblement.


Je vis, baignée dans cette quête de sens du monde. 

Un flot de pensées continu me traverse. J’ai des images qui s’emmèlent et qui se projettent sur mon écran mental, en arrière plan. Des images qui se superposent, s’empilent, s’animent en courts-métrages, se délitent, s’estompent, s’accollent. Quand  elles finissent par porter un sens, elles se manifestent en s’affichant au premier plan de ma conscience. Il en résulte souvent un moment « Eureka » proche de l’illumination.

J’engouffre les informations, dévore les livres, me goinfre de témoignages d’individus de toutes cultures et de tous horizon. Je voyage sans bouger. Je m’évade à travers des paysages dynamiques intérieurs dans l’immobilité du corps. Je me fige, déclenche l’inaction et décolle vers des univers parallèles. Pour me calmer de toute cette excitation intellectuelle interne,  je suis souvent obligée d’abuser de méthodes de relaxation.

Je vis baignée dans cette quête de sens du monde.

Sans doute est-ce pour cela que j’ai choisi de devenir physicienne, dans l’espoir d’ atteindre le sens ultime du monde.

Ceci altère mon rapport au temps et à l’espace physique. Je suis rarement ancrée dans le présent. De plus, j’ai souvent l’impression d’être étrangère à mon propre corps, étrangère à mon environnement immédiat.

Ma douche, mon laboratoire de pensées

Ce classement des pensées, des évènements, des ramifications entre les catégories de choses se fait le mieux le matin lorsque je suis sous ma douche. Il suffit que j’entende claquer les gouttes d’eau sur le carrelage pour que mon flot de pensées s’intensifie. Je sens que mes visions s’accélèrent quand l’eau brûlante s’écoule sur ma peau. Je ne suis pas trans-lucide comme la porte de cette boîte mais alors bien hyper-lucide. Dans ce cocon humide, je trie, je cantonne, je planifie, je liste à une vitesse folle. J’invente des mots pour donner naissance et identifier mes idées. C’est un processus automatique qui se déroule dans mon esprit. Il en ressort une réponse à une question, un planning, des objectifs, un conseil à donner, la compréhension d’un de mes actes ou encore, une généralisation sur une question plus complexe. Ne manque -t-il pas une variable à telle ou telle théorie? Pourquoi laisse-t-on les syriens se faire décimer? Les politiciens sont-ils tous issus de l’élite intellectuelle? Pourquoi la médécine n’a-t-elle pas encore trouvé de remède au syndrôme du côlon irritable? Avec quel type de personnalité constituer la meilleure équipe de recherche? Enfin, lorsque je suis satisfaite de l’issue de la course des pensées et des images, je coupe le robinet et reprends conscience de mon environnement. Les frottements  de la serviette rèche me ramènent sur Terre.

Si je ne m’autorise pas à ces temps de silence et moulinage d’idées, je sombre.

Il y a encore peu de temps, je pensais que tout le monde vivait ce genre de voyage intérieur puisque les cerveaux  humains sont tous faits sur le même modèle, quelque soit la culture, le milieu social, la langue maternelle. Cette ignorance de la disparité des fonctions cognitives au sein des individus m’a valu d’énormes incompréhensions et déceptions. J’ai découvert au milieu de ma vie, à presque 40 ans qu’à vrai dire, une extrême minorité de personnes fonctionne comme moi.

Dans mon environnement, tout est fait pour me désaccomoder. Le besoin irrépréssible d’immédiateté dans notre société actuelle, des interactions sociales basées sur la spontanéité, l’excitation sensorielle. Un rythme de vie effréné, imposé par la necessité d’accroître les performances individuelles pour éviter à tout prix la précarité. L’injonction d’être ensemble, de se faire plaisir, de profiter.

Ma nature, quant à elle, est lente. Elle mûrit dans un long processus critique introspectif. Ma personnalité se fonde sur le sens que je construis à partir des informations qui me viennent du monde extérieur ou que je pars glaner. Elle se nourrit de sens. Elle cherche la transcendance à toute chose. Elle se développe dans la solitude, dans un environnement où mon flot de pensées n’est pas interrompu.

Si je n’ai pas suffisament de temps pour mouliner mes idées, je sombre.

Je vais souvent contre ma nature parce que je suis maman solo d’une petite qui a besoin, elle, d’exercer ses sens, de s’exprimer haut et fort, d’interagir avec moi de façon continue et prolongée. Je dois présenter des assiettes pleines à chaque repas, ce qui impose d’obtenir la rémunération d’un travail qui ronge la quasi totalité de mon temps d’éveil. Je ressens aussi le besoin de me sentir connectée à mes amis, à ma famille et donc d’aller à leur rencontre.

Si je ne m’autorise pas à effectuer ma défragmentation quotidienne, je plonge dans une mélancolie profonde tout simplement parce que je ne fabrique plus de sens. Le noir prend la place des images colorées que j’ai punaisées sur mon tableau mental. Le flou estompe peu à peu les figures de mes polaroïds psychiques. La pellicule se fige et s’enflamme, conséquence  d’un projecteur défectueux.

Je cherche à rencontrer ces aiguilles dans cette botte de foin.

Il y a peu, j’ai rencontré dans cette botte de foin qu’est le monde, des petites aiguilles. Des personnes qui fonctionnent un peu comme moi: des faux calmes. L’apparence d’un sage doté d’un esprit sauvage. Des excités du ciboulot dans un corps de plomb.

J’ai rencontré d’autres individus également mus par cette quête de sens, s’autorisant la lenteur imposée par la réflexion, aboutissant à des délais de réponse qui paraîtraient insupportables pour le tout un chacun. Chercher le bon mot, la bonne tournure de phrase, la bonne référence, l’articulation précise d’une idée sans être honteux de cette exigence, sans passer pour un être pédant. Ceux chez qui l’imprécision fait souffrir physiquement. Des personnes auto-critiques qui voient le scepticisme comme une façon de vivre le monde et de l’améliorer, un outil pour se développer, devenir meilleur. Des personnes qui considèrent la communication orale comme un cadre restreint à une pensée multiforme. Pour certains, la spontanéité induite par l’exercice de la parole et le choix du verbe imposent une réduction de la dimension de la pensée. Demandez à un sculpteur de reproduire son oeuvre sur une toile! Ma pensée a 10 dimensions. Elle est en couleurs, en mouvement permanent. Elle a besoin de temps pour être offerte au monde sans altération dans un langage universel. Elle a besoin d’être triturée avec des mains conceptuelles et reconstruite sous une forme délivrable.

S’entourer et échanger avec d’autres personnes aux sensibilités proches de la mienne m’a aidé à accepter ma nature. Toutefois, je me heurte à un paradoxe: le sens que je fabrique par la manipulation interne des concepts et idées semble être subjectif, bien loin du sens commun. A quoi sert le sens que je produis? N’est-il destiné qu’à moi-même? Dois-je le partager au risque de voir des regards ébahis?


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6 réflexions sur “Ma Douche, Mon Laboratoire à Idées

  1. Merci pour ce magnifique article, très poétique. Je me reconnais dans ce besoin de temps pour penser que vous décrivez. Parfois je me sens un peu bête au travail à côté de mes collègues qui ont réponse à tout, tout de suite lors d’échanges. Ils donnent l’impression d’une certaine fulgurance. Mais en fait, je me suis aperçue qu’en prenant le temps, je pouvais apporter des réponses parfois plus adaptées parce que ce temps de latence m’a permis d’analyser toutes les dimensions du problème et pas que la partie la plus immédiatement perceptible.

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  2. Je me retrouve exactement dans cette description d’une pensée dont le flot est ininterrompu, s’attachant à comprendre, analyser, déconstruire toutes sortes de sujets avec passion. Je suis tellement heureuse de me retrouver dans ton texte,merci.
    J’ai aussi un blog constitué de dessins et de textes autour du thème du syndrome d’Asperger, c’est https://quasiaspie.com/
    Il y a tant de choses à découvrir sur ce qui nous lie..
    À bientôt.

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