La Rentrée de CP de Marianne

Un visage à moitié visible. Une partie d’elle-même ignorée.


Trois semaines d’école ont passé et je vois ma petite fille se décomposer. Je la vois entrer progressivement dans les troubles du comportement, accablée d’une profonde tristesse nourrie par le développement d’une mésestime d’elle-même. C’est ce qui se passe quand on nie ses spécificités cognitives. Comme je l’écrivais pour mon diagnostic d’autisme:  » réfuter mon diagnostic, c’est m’annihiler ». Il en est de même pour Marianne: ne pas considérer sa douance, c’est nier son tout. Ceci n’est pas seulement vrai pour les enfants à haut potentiel, c’est vrai pour tous les enfants aux particularités cognitives particulières: les autistes, les TDAH, les dyslexiques… A ce jour, je me sens démunie face à cette petite qui s’agite et s’oppose à la maison parce qu’elle cherche tout simplement… sa place.  La douance n’est pas une lubie maternelle.

Trois semaines d’école ont passé et je vois ma petite fille se décomposer.

 Il y a longtemps que je n’avais pas donné de nouvelles car tout allait bien avec Marianne. Elle allait à l’école en courant, heureuse d’y retrouver ses copines. Les matins se passaient relativement bien avec une routine bien huilée. Les grandes vacances se sont déroulées à merveille car Marianne était à la ruche du matin au soir,  à résoudre des énigmes, crapahuter, faire des courses d’obstacles, des jeux de société. Elle me demandait de l’emmener à l’heure de l’ouverture et de venir la rechercher le plus tard possible. Les soirs, je la voyais heureuse, à se déguiser et chanter à tue-tête. Les oppositions et conflits quotidiens liés au respect des règles de la maison étaient gérables et facilement résolus. Je pensais que c’était gagné, que les problèmes de comportement: crises d’opposition, crise de colère, mutilations ( arrachage de cheveux, se taper la tête avec les mains) étaient derrière nous. Nous avions trouvé une certaine harmonie et j’avais retrouvé pleinement confiance en moi et dans mon rôle de mère. Cet équilibre fut atteint grâce à un encadrement actif et bienveillant de ses maîtresses de maternelle. Un travail de longue haleine et de considération respectueuse pour vaincre la phobie scolaire et ses troubles du comportement qui en découlent.

La première nuit suivant la rentrée, Marianne me réveillait en hurlant  » je ne veux pas pas retourner à l’école ».

L’équilibre a pris fin avec la grande section et le passage en CP. Marianne lit couramment depuis le mois de juin.

La première nuit suivant la rentrée, Marianne me réveillait en hurlant  » je ne veux pas pas retourner à l’école ». Je passais alors un long moment à essayer de la réconforter la gorge serrée, pour qu’elle se rendorme. Le lendemain matin, sa petite main chaude dans la mienne, en descendant vers l’école, elle me dit avec un  mélange d’excitation et d’espoir dans la voix « j’espère qu’on va faire des mathématiques aujourd’hui!. » Je savais qu’elle serait déçue…. Face à l’ennui désespéré de Marianne en classe, je décidais d’agir en écrivant un mot à la maîtresse pour l’inviter poliment à lui donner de la lecture adaptée à son niveau. Je n’eu pas de réponse à cette perche et d’après les dire de Marianne, rien ne changea. Je m’imaginais bêtement, que cela ne demanderait pas plus de travail à la maîtresse de donner un petit livre d’histoire à Marianne que de contrôler si elle coloriait bien le son « i » dans les mots collés dans son cahier. A côté du temps passé en classe, Marianne prend du plaisir dans ses nouvelles activités périscolaires (danse et gym). Celles-ci sont même sa bouée de sauvetage pour des journées de torture intellectuelle.

Pourtant, pourtant…. Quitte à passer encore une fois pour une mère hystérique, j’avais pris la peine de présenter son diagnostic au directeur, de m’assurer qu’il serait transmis à la maîtresse et idéalement discuté et pris en compte. J’avais souligné à plusieurs reprises les difficultés rencontrées dans le passé, les solutions mises en place. On m’avait répondu que ce serait pris en compte, que je ne devais pas m’inquiéter, qu’ils avaient l’habitude. Visiblement, cette bonne volonté n’a pas passé la porte de la salle de classe.

Cette semaine a été difficile pour Marianne et pour moi. Je l’ai vu littéralement sombrer dans une profonde tristesse et surtout s’échapper dans des comportements qui attestent de son mal-être et par lesquels elle tente de se rassurer. Elle s’entoure d’une tonne de peluches, elle ne tolère plus d’arrêter une activité en cours. Elle se met en colère si je ne lui accorde pas toute mon attention, tout le temps. TOUT le temps, j’insiste. Elle se met dans des colères qui l’amènent à se faire du mal, à se claquer la tête avec les mains, à balancer ses jouets.

Un soir, elle me dit « je m’arrache les cheveux en classe parce que je m’ennuie ».

Mon coeur de maman a saigné. Je lui ai demandé quelques éclaircissements pour m’assurer de ce que j’avais entendu. J’avais bien compris. Je m’accroupissais face à elle et tentais désespérément de trouver les mots justes lui permettant de croire qu’elle était écoutée et comprise. Je lui expliquais qu’elle devait bien souffrir pour en arriver là et qu’il fallait qu’ensemble:  elle, son papa, sa maîtresse et moi, trouvions une solution.

Nous avons rendez-vous avec la maîtresse dans deux jours. J’espère que nous trouverons un terrain d’entente.

 

Mise à jour du 1er octobre: voici ce qu’il en est ressorti de l’entretien avec la maîtresse:

retrouvez l’article correspondant ici

Suivez-moi sur Facebook ou Instagram ou contactez-moi : aspipistrelle@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

9 réflexions sur “La Rentrée de CP de Marianne

  1. J’espère que vous réussirez à faire entendre raison à la maîtresse. Je sais que certains de mes collègues ont du mal à entendre raison, à admettre que la différenciation n’est pas seulement pour les élèves qui ont des difficultés mais aussi pour les élèves qui avancent plus vite. Chaque élève devrait pouvoir s’épanouir en classe.

    J'aime

    • Merci Enitna pour votre message et pour votre preuve d’ouverture sur ce sujet. Je suis assez confiante concernant notre entrevue avec la maîtresse. A vrai dire, je ne conçois pas qu’on ne puisse pas considérer la souffrance d’un de ses élèves. De plus, il est si facile de mettre en place un travail adapté qui ne nécessiterait que très peu de suivi.Surtout que ma petite Marianne est toute mimi et qu’elle respecte toutes les règles et toutes les consignes à la lettre .

      J'aime

  2. oui, ça peut être aussi simple que ce qu’on appelle ici (Québec) un cahier d’enrichissement. L’élève peut y travailler dès qu’il a du temps. Elle pourrait aussi la mandater pour lire des livres qui sont trop difficiles pour les autres, mais dont les sujets les intéressent. Soit qu’elle peut le lire en classe ou leur raconter ce qu’elle en a compris, etc…

    Aimé par 1 personne

    • effectivement mon fils avait ça aussi certaines années 🙂 tous les enfants avaient une « pochette de temps libre » avec des exercices de difficulté variée, dans lesquels ils pouvaient piocher comme ils voulaient quand leur travail était fini. Je trouve que c’est une solution simple et satisfaisante.

      Si la maîtresse ne sait pas trop quoi donner, vous pouvez aussi proposer de fournir vous-même du matériel (livres etc.) pour occuper ses temps libres?

      Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Liette, PtiLu
    Mercîpour votre retour, c’est une excellente idée ce cahier ou cette pochette. Je saurais quoi y mettre dedans. Je peux proposer cette solution à la maîtresse. Je vous remercie pour votre participation :-)!

    J'aime

  4. Quand je lis votre texte, ça me fait un tel mal au coeur d’imaginer tout ce que doit ressentir votre louloute…
    courage à elle et à vous, je trouve qu’on vous donne plein de pistes en effet dans les commentaires ! J’espère que le rendez-vous se passera bien, que le dialogue se fera facilement et qu’il sera constructif :-*

    J'aime

  5. J’espère que le rendez-vous s’est bien passé et qu’il y aura des solutions concrètes…
    Malheureusement il y a souvent des gens qui font semblant d’être ouverts, pour au final ne rien changer, peu importe la souffrance de l’enfant. Dans ce cas, il faut envisager toutes les possibilités, dont le saut de classe (si le problème vient de la maîtresse) voire le changement d’école (si la direction ne suit pas).

    aspieconseil, ce n’est pas un diagnostic dans le sens où ce n’est pas considéré comme relevant du domaine médical, mais cela n’empêche pas les enfants HP d’avoir certaines caractéristiques communes, dont notamment un problème de souffrance lié à l’ennui en classe.

    J'aime

  6. Pingback: La Rentrée de CP de Marianne | Le Magazine MieuxEnseigner

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.