Sur La Voie De L’Acceptation

Bienvenue à Acceptation. Bon séjour!

Mille jours. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour accepter mon diagnostic de syndrôme d’Asperger reçu à l’âge de 36 ans. Il y a trois ans, j’ai découvert mon talon d’Achille: mon syndrôme d’Asperger. Des psychiatres et psychologues ont déterré les vestiges de mon âme tels de méticuleux archéologues mettant à jour des ossements multimillénaires, me laissant avec ces morceaux poussiéreux dans l’attente de reformer un tout qui révelerait un quelconque secret.

L’acceptation, c’est pour moi, ne plus avoir honte de qui je suis, ne plus avoir peur du regard de l’autre, ne plus avoir la boule au ventre à l’idée que mon « terrible secret » soit dévoilé. Le Joker peut bien arracher le masque de Batman, il n’éteindra pas le désir irrépressible de justice de Bruce Wayne. Plusieurs éléments et évenements m’ont mis sur cette voie et je vous en fais part dans cet article.


L’identification à un groupe

Mettre les deux pieds dans la communauté autistique, rencontrer et échanger avec d’autres femmes autistes a joué un rôle prépondérant dans cette transformation. Me sentant illégitime, je me suis d’abord approchée à pas de loups pour ne pas me faire remarquer. J’épiais les échanges sur les fori , scrutais les « topics », épluchais les commentaires facebook. Poussée par l’émergence de ce blog, j’y ai mis les deux pieds et les échanges se sont multipliés. D’abord cordiaux, certains se sont transformés en véritables amitiés. De façon assez étonnante, j’ai rapidement eu l’impression de voir émerger une certaine culture autistique. C’est un concept encore assez vague aujourd’hui que j’essaie d’analyser et d’affiner. J’ai intuitivement remarqué que, beaucoup d’entre nous, utilise les mêmes codes, construction de pensées, partage les mêmes valeurs. Je suis arrivée à m’identifier à une tribu alors que depuis toute petite j’ai ce sentiment de non appartenance à la race humaine ancré en moi. En rencontrant d’autres femmes Asperger, j’ai pu me sentir proches d’autres êtres humains sans me sentir jugée, ni par mon apparence, ni par mes habilités sociales. J’ai aussi découvert que bien que nous partagions toutes, cette triade autistique définissant notre syndrôme, l’expression de celle-ci se fait à travers mille teintes agrémentée de notre caractère personnel forgé par notre histoire individuelle.

Je réalise chaque jour à quel point cette communauté est riche de femmes épanouies, investies dans la société, actives dans de nombreux domaines, de talent. Il y a des chercheuses, auteures, journalistes, psychologues, créatrices de mode, musiciennes, fondatrices d’association en plus d’être de bonnes mères d’enfants souvent neurodivergents.

L’acceptation passe par l’identification à d’autres femmes Asperger. Pourquoi la curiosité nous pousse-t-elle à rechercher la liste des personnes autistes célèbres? Pourquoi cela nous rassure-t-il de savoir qu’Eminem, Antony Hopkins ou Heather Kuzmich sont des autistes Asperger? Parce que l’autisme ne les a pas empêché de devenir des icônes. La révélation de leur diagnostic n’a pas entaché leur popularité auprès des neurotypiques. Nous consultons cette liste sans doute parce que nous avons envie de voir que l’autisme n’est pas toujours un frein à la réussite. Parce que nous avons besoin de nous identifier à des modèles autistes populaires. Ce serait jouissif de voir Bruce Wayne sortir de chez son psy avec un document sur lequel on pourrait lire « Congrats, you’re an aspie! ». Si je ne m’accepte pas en tant que femme autiste, sur quelle base ma fille construira-t-elle sont identité quand, à son tour, elle se découvrira aspie?  Quels propos lui tiendrais-je?  « il faut le cacher à tout prix pour éviter les ennuis. » Sera-t-elle heureuse de vivre dans l’imposture permanente? Comment pourra-t-elle s’épanouir sans modèle à ses côtés? Le sentiment d’appartenance à une communauté même réduite est essentielle pour s’accepter. Actuellement, cette communauté fleurit avec l’arrivée des diagnostics tardifs et c’est tant mieux. A nous de paver le chemin et de faire figure de piliers pour les futures jeunes femmes autistes.


Me recentrer sur moi

Le processus d’acceptation s’est dernièrement acceleré du fait que j’ai pu recentrer mon attention sur moi. Cette phrase me donne la nausée tant je semble égocentrée mais elle traduit la réalité. Avant mon divorce, je naviguais au quotidien dans le cercle familial et me définissais principalement en fonction de mes interactions avec mon mari et ma fille. J’étais une épouse, une mère répondant aux besoins des membres de cette famille. C’est ainsi que je me définissais: une parmi trois.

Aujourd’hui divorcée, je dois redessiner les contours de mon identité hors du triptyque familial. Mon corps change, mes amitiés et mes amours se renouvellent dans un cercle centré sur moi, autour de cette nouvelle identité reconstruite, détachée des attentes d’un quelconque conjoint, supérieur hiérarchique ou parent. J’ai divulgué mon diagnostic à certaines personnes de mon entourage professionnel. D’autres proches l’ont découvert en tombant sur ce blog. Cela ne les empêche pas aujourd’hui, d’apprécier ma compagnie ni même de me respecter. Ainsi, j’ai réalisé qu’il était possible d’être aimée malgré mon autisme. Ces propos peuvent paraître choquants à certains autistes mais il y a encore quelques mois, je n’en étais pas convaincue. De plus, ma récente séparation avait fait explosé en plein vol le peu d’espoir que j’avais d’être aimée telle que je suis, autiste car mes traits autistiques ont pesé lourds dans la balance du désamour.

 


Mettre des mots justes sur ses forces et ses faiblesses

Ce matin, je suis tombée sur le blog de Penelope Trunk dont la lecture est à l’origine de ce post. Elle est auteure, coach de carrière et fondatrice de quatre start-up. Elle est également autiste Asperger. Parmi les quatre start-up, l’une a attiré mon attention: il s’agit de Quistic qui propose des cours en ligne permettant de dynamiser sa carrière. Avant de proposer des cours personnalisés, on vous propose  de répondre en ligne à 72 questions permettant de déterminer votre type de personnalité au travail. J’ai réalisé ce test et le résultat m’a surpris car il me correspondait bien tant au niveau des atouts que des faiblesses. J’ai réalisé aussi que ces points forts et faibles étaient liés à l’autisme. Toutefois, les termes employés pour les décrire étaient valorisants et si l’on met de côté le diagnostic Asperger, ce profil (de type INFJ pour moi) dans un milieu professionnel peut réellement être un atout.

Ainsi, dans les résultats du test, on parle de mon profil de la façon suivante:

Les personnes de type INFJs sont honnêtes et sont des personnes de confiance, intègres et sensibles. Ce sont des personnes qui aiment planifier, organiser, travailler sans relâche pour atteindre leurs objectifs…Elles combinent idéalisme avec une approche structurée, une charge de travail intense qui peuvent réellement modifier à long terme les organisations dans lesquelles elles travaillent…

Notre attitude:

Elles y arrivent en planifiant, organisant, et d’une manière très personnelle. Elles aiment être responsables face à l’organisation pour laquelle elles travaillent… Les profils INFJ sont dévoués, sérieux, bosseurs et extrêmement loyaux.

Ce qui nous dynamise:

– possibilité de terminer les projets

-les gens qui communiquent avec nous de façon honnête et sans détour

-un environnement de travail organisé et prévisible

– des rôles et responsabilités bien définis

-une autonomie totale

-un planning flexible permettant le contrôle entre travail et résultats

Ce qui nous stresse:

-les gens ignorants, irrationnels ou illogiques

-les gens trop extravertis

-un environnement de travail désorganisé

-un manque de suivi de la part des collègues

Il est quand même dit: « ce type de personnalité est l’une des plus stressée au boulot, dans les relations intimes ». Il est souligné que certaines compétences doivent être développées comme la flexibilité, l’écoute, l’ouverture d’esprit, la mise en place de priorités à respecter…

Ce que j’aimerais montrer ici est que mis sous cette forme, la plupart des faiblesses que j’attribuais au syndrôme d’Asperger (focalisation sur les détails, hypersensibilité face à certains collègues, hyperfocalisation, loyauté excessive…) peuvent être perçues comme des qualités dans le monde du travail lorsqu’on les regarde hors du prisme de l’autisme et qu’on les qualifie avec des termes positifs. Cette mise en mots positifs aide aussi à l’acceptation.


L’acceptation n’est pas un antidote

L’acceptation n’est pas un antidote à l’autisme mais un baume à l’âme. J’aurais toujours des difficultés liées à la communication verbale, aux interactions sociales, à mes passions dévorantes mais je ne serais plus honteuse de qui je suis.

Il m’aura fallu mille jours pour renaître.


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8 réflexions sur “Sur La Voie De L’Acceptation

  1. Coucou Pistrelle 🙂
    J’avais laissé un petit com il y a déjà un an sur ton blog par rapport aux questions de diagnostic, et j’essaye par ailleurs de suivre tes nombreux articles.
    Suite à ton post ci-dessus, je me suis intéressé à la question, et pour ce soir je me contenterai de te livrer un copier-coller du com que j’ai laissé sur Dividendes.ch suite à un article consacré aux INTJ.
    Et oui moi aussi je fatigue lol 🙂
    Bisous, porte-toi bien et portons le monde 🙂

    Coucou à tous !

    Tout d’abord j’ai 48 ans actuellement, j’ai fait un test hier sur http://www.quistic.com qui m’a classifié INTJ et je viens de faire celui qui est proposé ici qui me classe plutôt INFJ. (j’avoue avoir du mal parfois avec certaines questions qui mériteraient d’être plus détaillées, et cela quelque soit le test).
    J’ai fait d’autres tests l’année dernière – tout à fait concluants d’ailleurs, avec des scores très élevés – pour voir si je n’étais pas un autiste de type Asperger, car suite à un documentaire que j’avais vu cela m’avait semblé finalement éclairer tout mon parcours – plutôt chaotique ! – jusqu’à ce jour (et pour tout vous dire j’en avais pleuré à chaudes larmes), et je suis en attente de diagnostic (le CRA de Brest cumule deux années de retard au niveau des délais pour pouvoir se faire diagnostiquer).
    Je n’ai jamais fait de test de Q.I, mais ma grande soeur de 8 ans mon aînée m’attribue un Q.I très élevé (et pourtant elle n’est pas en reste) : jusqu’à la fin du primaire, je ne me souviens pas avoir fourni le moindre effort pour me classer en tête de classe. Après on va dire que ça s’est gâté, mais pas à cause de mes capacités, à cause de la pré-puberté et puberté plutôt…

    L’enfance, l’adolescence, la jeunesse, sont un problème pour tout le monde je pense, tant de défis à relever, de l’adversité parfois, une difficulté à être tout simplement et c’est normal car nous sommes alors des êtres en devenir. Ma jeunesse, et toute ma vie encore maintenant, a été compliquée, et encore plus compliquée à cause de mauvaises pratiques… et pour tout vous dire, même à 48 ans, je ne suis pas encore forcément complètement sorti d’affaire, même si bien entendu j’espère que les choses vont continuer à se mettre en place, je vous en dirai plus tout à l’heure sur ce point. Mais oui, le temps joue en notre faveur, le temps long est notre ami, même si un jour bien entendu il nous faudra passer de l’autre côté. Je veux dire aux jeunes qui viennent ici chercher des réponses : le temps est votre ami, ne vous laissez pas destabiliser par ceci ou par cela, ayez confiance en vos capacités qui sont avérées et ne sont pas là pour rien : accrochez-vous à vos potentialités et à vos rêves, ne vous laissez pas influencer par des personnes négatives autour de vous, construisez vos vies, accrochez vous bien et vous avancerez, vous verrez ! Evitez l’abus de drogue et d’alcool, couchez vous à des heures raisonnables si c’est dans votre nature, mangez bien, et prenez soin de vous autant que possible, vous verrez ça marchera mieux pour vous que ça n’a marché pour moi.
    Mais vous allez voir que je ne me plains pas tout à fait, et j’espère vous étonner un peu avec la suite de mon propos.

    Aujourd’hui donc j’ai 48 ans, je suis père d’une petite fille de 3 ans pleine de promesses, ma compagne a 14 ans de moins que moi, c’est agréable une jeune épouse vous savez, et niveau boulot je n’ai pas encore réussi à m’extraire du salariat – ce à quoi je pense de plus en plus fortement, même si ça ne sera pas par la bourse mais par mon côté littéraire et artistique. Je n’ai pas encore réussi à m’extraire du salariat donc, mais j’ai à peu près toujours réussi à avoir les jobs que je voulais : c’est encore plus vrai aujourd’hui, et là on peut carrément parler de magie de la vie ! Je fais un boulot difficile de Conducteur Routier, mais j’obtiens les postes, les formations que je désire, et mieux encore, des périodes à la maison (hi hi 🙂 Je ne vais pas rentrer dans les détails mais vous pouvez me croire. Femme jeune, enfant, maison que nous venons d’acheter, exactement tout ce que je désirais !
    Alors quelle est donc ma recette miraculeuse ? Nan mais, vous croyez que j’essaye de vous vendre quelque chose ? Nan nan 🙂 j’essaye juste de vous faire partager un système personnel, une croyance en le meilleur de soi qui doit produire des résultats dans le temps.

    Les INTJ sont des visionnaires est-il dit, alors croyez en vous, croyez en votre vision du meilleur pour vous-même et pour les autres, et vous aurez le meilleur pour vous-même et nous serons en mesure d’offrir au monde un monde meilleur que celui qu’on n’a de cesse de nous préparer.
    Nous ne sommes pas seuls au monde, nous ne sommes pas seuls dans l’univers je peux vous l’assurer, ne restons pas seuls dans notre coin, c’est la seule motivation de ce post, portez-vous bien, portons le monde 🙂

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  2. J’ai fait le test moi aussi, au début j’ai été surpris par le résultat retranscrit : je suis du type INTJ.
    En y réfléchissant, cela me correspond parfaitement, c’est étonnant.
    Quand à l’acceptation, je crois que c’est en cours de réflexion… sans pour autant me dévoiler, pour l’instant c’est plus prudent de rester dans le secret. Cela correspond davantage à ma personnalité.

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