Duelle

 

Etre Asperger, c'est vivre avec une certaine dualité

Etre une femme Asperger, c’est vivre avec une certaine dualité.

 

 

Marie chante à tue-tête dans sa voiture, la musique à fond.

Manon ne supporte que les fréquences graves des voix d’homme à la radio. Elle ne l’allume plus que très rarement quand elle conduit. Le silence est plus appréciable.

Marie a une folle envie de repartir en Italie pour les vacances. Si seulement elle pouvait  revoir Florence et la tour de Pise, les paysages de Toscane et remonter au sommet du Vésuve, déambuler dans  le forum romain.

Manon n’a qu’une seule hâte, être à l’heure du coucher, se lover sous sa lourde couette et ne pas penser à demain.

Marie adore son job, elle a eu la chance de pouvoir faire de sa passion son métier. C’est une experte dans son domaine.

Manon a du mal à suivre les conversations croisées en réunion de travail. Elle a du mal à intervenir à-propos: les mots s’emmêlent quand elle veut parler malgré des idées si claires et ordonnées.

Marie a envie de sortir et de voir du monde surtout depuis l’arrivée des beaux jours.

Manon s’isole dès qu’elle le peut dans sa chambre. Elle est épuisée par toutes les interactions sociales imposées.

Marie aime passer du temps avec sa fille et lui apprendre tout un tas de choses.

Manon aménage un emploi du temps tranquille avec sa fille pour le week-end avec beaucoup de temps calme et de récupération. En effet, elle a un peu de mal à parler du fait de sa surstimulation de la semaine. Elle est proche du mutisme.

Marie pense qu’il y a du bon en chaque être humain et que la méchanceté n’est autre que le témoin d’un manque d’amour et de soutien.

Manon évite les personnes négatives, elle ne se concentre que sur les personnes douces et gentilles en qui elle peut avoir confiance et sur lesquelles elle peut compter.

Marie aime être bien habillée, coiffée et maquillée. Elle aime passer du temps à se préparer et choisir des bijoux qui l’embellissent.

Manon va à l’essentiel en terme de tenue pour le travail. Un jean, un top, des chaussures confortables. De quoi se sentir à l’aise sans être trop serrée au cours de la journée. Eviter le plus les frottements sur sa peau.

Marie aime découvrir de nouvelles lectures, aller à la librairie et flaner au grè des critiques littéraires des libraires. Elle aime aller au théâtre de son quartier et rigole de bon coeur quand il s’agit d’une comédie.

Manon fait une sieste quand elle a du temps libre, histoire de pouvoir récupérer et de reposer son cerveau en surchauffe.

Marie se pose plein de question sur la vie, le bonheur, l’amour, les relations sociales, inter-générationnelles. Elle aime se plonger dans des débats intérieurs profonds qui lui permettent d’appréhender le monde, sa relation aux autres. Elle lit des essais de psychologie, des livres d’histoires, ouvre des encyclopédies pour mieux comprendre le monde des hommes.

Manon analyse toutes les situations, tout le temps, sans aucune  cesse. Elle décortique les évenements, débriffe chaque conversation qu’elle a eue au cours de la journée, observe comment se comportent les individus au supermarché, à la pharmacie, sur les trottoirs, en salle de café. On dit souvent d’elle qu’elle se complique la vie avec toutes ses questions qu’elle pose sans cesse pour vouloir comprendre de façon déterministe le comportement humain.

Marie aime prendre son temps pour faire les choses et ne pas trop planifier la journée. Elle sait qu’elle aura toujours une bonne idée pour s’occuper. Elle est curieuse de tout.

Manon aime la routine, planifier, faire des listes. Cela la rassure. Quand elle sait ce qui va se passer, elle est moins anxieuse et peut se préparer à appréhender la suite des évenements.

Marie a un amoureux. Elle aime passer du temps avec lui. Ils aiment rire et partager ensemble des passions communes. Se blottir l’un contre l’autre au cinéma. Préparer une bonne recette en sirotant un petit verre de rhum arrangé. 

Manon aime son conjoint. Elle aimerait tant être plus disponible pour lui, prendre davantage soin de lui mais en ce moment, elle a besoin de s’isoler pour pouvoir recharger ses batteries. Etre touchée la gêne. Elle sursaute quand il s’approche d’elle par derrière. Elle recule quand il veut la prendre dans ses bras.


Manon est autiste.

Marie aussi.


Ce qui les différencie: leur niveau de fatigue; Une fatigue due à l’exposition de stimulations extérieures (bruit, interactions sociales, sollicitation permanente des enfants, contact avec la foule, les odeurs), au manque de sommeil (enfant en bas âge, stress du aux responsabilités parentales et professionnelles), à la maladie. La fatigue empêche le système de compensation de se mettre en place et les traits autistiques ne peuvent plus être camouflés. Marie prend du temps pour elle, limite les sollicitations extérieures, s’adonne à sa passion. Manon ne trouve pas de temps pour se ressourcer dans cette société qui lui demande toujours plus: plus vite, plus longtemps, plus fort.


Je suis Manon. Je suis Marie, aussi.


 

 

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2 réflexions sur “Duelle

  1. Je rejoins encore tout à fait vos pensées, il y a cette même ambivalence à l’intérieur de moi aussi. Parfois je me sens si bien, si « normale » que j’ai l’impression de ne plus vraiment être autiste et je suis Marie. Et puis, un tout petit caillou s’immisce dans les rouages de mon fonctionnement, une petite difficulté qui n’embêterait personne, mais qui est insurmontable pour moi. Me voilà de l’autre côté, je suis plus sombre, plus rigide, plus figée, j’ai du mal à m’adapter et je suis Manon.

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