Elle est entrée sans frapper: l’anorexie

Ce matin, dans la salle de bains, j’ai senti une présence à mes côtés. Je me suis rendue compte que je n’étais pas seule à me regarder dans le miroir. A côté de moi, elle était là, à me regarder aussi, silencieuse. Il y a quelques semaines de cela, elle est entrée sans frapper, en se faufilant dans l’entrebâillement de la porte, sans bruit. Depuis, elle me tient compagnie, telle un chat somnolant dans son panier. Aujourd’hui, elle s’est faite plus présente ou bien j’ai ouvert les yeux pour la voir: l’Anorexie.


J’en parle ici car je ne sais pas par quels mécanismes j’en suis arrivée là.


 

Pour moi, être anorexique, c’est se dire que ne pas manger permettra de faire de sérieuses économies (surtout quand on un régime sans lait ni gluten)

Etre anorexique, c’est se forcer à avaler quelquechose pour ne pas s’évanouir

C’est pouvoir faire un gâteau au chocolat sans jamais se lécher les doigts

C’est avoir la nausée en allant au supermarché

C’est un rapport ambigü entre l’envie de disparaître et l’envie d’être remarqué

C’est voir le regard des autres se poser sur ce corps et ainsi lui donner vie

C’est pousser son corps dans un fonctionnement extrême pour pouvoir en sentir les contours

L’anorexie, c’est se dire que non, on ne veut plus de ce corps d’avant, adipeux, avec ces fesses qui débordent de la culotte, ce ventre qui fait une bosse sous la robe, ces cuisses qui rendent sportif l’enfilage du jean

C’est de se convaincre qu’à 43 kilos on remangera, puis descendue à 43 kilos, se redonner un nouvel objectif de perte de poids

C’est être au supermarché et comparer les quantités de lipides contenus dans les conserves de ratatouille, choisir celle qui en contient le moins et finir de toute façon, par ne pas la manger une fois réchauffée dans son assiette

C’est ressentir des hauts-le coeur face à la nourriture malgré la volonté de manger

C’est mettre les aliments dans la bouche puis les recracher dans l’assiette et tout mettre aux déchets


L’anorexie, c’est avant tout, avoir conscience de tout cela mais ne pas savoir comment faire machine arrière.


Comment en suis-je arrivée là? J’y ai réfléchi toute la journée. Peut-être un ras le bol d’avoir sans cesse mal au ventre ou la peau qui gratte à cause de mes nombreuses allergies alimentaires. Quand je mange peu, ces souffrances quotidiennes sont atténuées. Attirer l’attention? De qui? pourquoi? Est-ce que prendre conscience de la présence de la Dame, c’est faire un pas vers le chemin de la guérison?

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6 réflexions sur “Elle est entrée sans frapper: l’anorexie

  1. Ton questionnement est intéressant, j’ai aussi analysé mes phases.
    Parfois c’est effectivement que c’est devenu trop compliqué de manger, que ça demandait trop de ressources.
    Mais surtout, je crois, quand trop de choses m’échappent c’est rassurant de voir que je peux encore contrôler quelque chose, et de surcroit quelque chose de vital et que peu de gens sont capable de refréner : la faim.

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  2. Je me suis pesée ce matin : 41.3
    Mes proches n’arrêtent pas de me dire : « tu as vraiment maigri », « regarde ton dos, on dirait un squelette », « tu devrais faire une prise de sang ».
    Je m’étais dis qu’à 42 j’arrêterai les conneries. Je n’ai pas arrêté.
    Avant de lire votre article je ne m’étais jamais dit que ca pouvait être de l’anorexie.

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  3. IL Y A DES JOURS Où l’on croit que tout va bien, que nous maîtrisons les choses, que nous avons du pouvoir. Tapit dans l’ombre, la diabolique, celle qui n’attend qu’une petite faiblesse de votre part pour vous atteindre. S’immicser en vous à votre insu. Telle une menthe religieuse qui vous dévore de l’intérieur sans mal, sans douleur. Qui prend doucement le contrôle de votre corps, de votre tête, de vos actes. Elle vous regarde, vous gère, bien souvent rit de vous.
    Son vice est tel que vous ne vous rendez compte de rien jusqu’à ce qu’un tiers vous fasse remarquer que vous êtes suivie, qu’il y a danger, qu’il est temps de reprendre les rennes et de se faire épauler. Ce tiers vous dit qu’elle est là, que c’est une maladie mentale et vous ne l’avez pas vue. Alors c’est l’affolement, que faire ? comment a-t-elle pu m’avoir ? Moi qui suis dans la maîtrise absolue. Qui me sent mieux dans mon corps. Cette sournoise n’a pas pu passer à travers les barrières que je me suis construites. Même mon coeur est surprotégé. Se BATTRE de toute ses forces et l’anéantir tant qu’elle est encore petite. Ne pas hésiter à demander de l’aide auprès de spécialistes et surtout ne pas minimiser

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  4. Bonjour,
    Ton article a fait écho à mon passé. Je suis une femme diagnostiqué TSA il y a quelques temps maintenant, et je tiens un blog, je pense faire un article sur mon expérience de l’anorexie.
    Si tu souhaites le découvrir, n’hésites pas à passer « me voir ».
    Les troubles alimentaires de type anorexie sont présents dans l’autisme/asperger au féminin, quelques lectures « sérieuses » ont confirmé cette intuition.
    Et dans mon entourage, des femmes de 30/40 ans ont été diagnostiqué autiste/asperger avec HQI après des expériences malheureuses en HP pour anorexie mentale.
    C’est douloureux d’en parler, mais c’est important, merci pour ton article, émouvant et sincère. Lou

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  5. Je n’ai jamais été anorexique parce que je ne supporte pas avoir faim et que mon corps va réclamer très fortement son « dû » à un moment. Mais j’ai connu des périodes où j’avais du mal à manger – généralement des périodes très difficiles sur le plan émotionnel. Cela pourrait-il jouer pour toi?

    Mais je comprends aussi le problème des intolérances alimentaires, j’en ai moi-même. C’est plus compliqué et parfois décourageant quand il faut toujours faire attention. J’ai la chance d’avoir trouvé d’excellents livres de recettes pour personnes avec des intolérances multiples, malheureusement en allemand…

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  6. Bouleversant ton témoignage. Oublie la conserve de ratatouille : y’a pas plus mauvais… Fait cuire 5 mn au micro-ondes 1courgette en tranches (pas d’épluchage) et 2 tomates : trop bon. Et c’est moi qui l’ai fait.
    Je ne connais pas l’anorexie, mais son pendant, la boulimie, aussi difficile à gérer.
    Dans tous les cas, il devient nécessaire de prendre soin de soi et d’accepter le soin, d’accepter d’être soigné par un médecin. C’est indispensable d’accepter le soin. Et surtout ne pas attendre de ne plus pouvoir être en capacité de prendre soin de ta fille. Voir un psychiatre ? pourquoi pas ? prendre le temps de le choisir, abandonner ceux qui sont à côté de la plaque.
    Et choisir celui qui n’est pas parfait (là, il est vraiment aidant, car il ne se situe pas en « supérieur ») mais qui est parfaitement ce dont on a besoin.
    Et puis, pourquoi pas, finalement « tomber » sur le seul psychiatre de la ville qui travaille dans un IME spécialisé dans l’accueil des enfants autistes ! Ce qui m’est arrivé. Et franchement, c’est cadeau !

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