Lettre à la nouvelle compagne de mon ex-mari

Searching for peace. A la recherche de la paix intérieure

Cela fait quatre mois que mon mari et moi sommes séparés. Ma maison n’est pas encore vendue, j’y dépose encore ma fille un week-end sur deux. Je dois alors sonner à la porte comme une étrangère à ma propre vie. Je salue mon ex-conjoint cordialement, artificiellement. Je rentre et d’un coup d’oeil, je retrouve quelques meubles familiers éparses, le paillasson sur lequel chaque soir auparavant, j’essuyais mes pieds laissant ainsi mes soucis de la journée sur le pas de la porte. Je repars ensuite en saluant poliment, sans manquer d’étreindre très fort ma petite Marianne. Je remonte en voiture et jette un dernier regard à la façade de la maison de mes rêves. Rêves anciens de famille heureuse, de confort financier, d’amour inconditionnel. Avec la répétition, je me suis habituée à ressentir ce pincement au coeur, un week-end sur deux. Ce pincement qui s’estompe en un coup de pied sur l’accélérateur.

Et puis, alors que je pensais avoir sorti la tête de l’eau, mon ex-conjoint m’a annoncé votre relation.  A cette nouvelle, je fus dévastée. J’ai beaucoup pleuré, à gros bouillons. Pourquoi? Sans doute que  je n’étais pas encore prête à renoncer à mon idéal de vie de famille. Peut-être secrètement esperais-je encore un retour en arrière. Tant que la maison n’était pas vendue, les murs de mes idéaux n’étaient pas encore tout à fait écroulés.

Après avoir été très attristée, j’ai ressenti la colère m’envahir. Une colère que j’ai eu du mal à contenir et bien tournée vers toi. Car toi et moi, nous nous connaissons. Te souviens-tu quand tu nous as aidé à emménager dans notre nouvelle maison? Oui, cette même maison, celle de mes rêves! Je me souviens de nous deux en train de ranger les petits livres colorés dans la bibliothèque de Marianne. Toi, tu découvrais au fur et à mesure des rangées qui se remplissaient, tous ces personnages merveilleux de la littérature enfantine, monde qui t’était inconnu jusqu’alors puisque tu n’as pas encore d’enfant. J’étais en colère car toi et moi, nous travaillons ensemble depuis bientôt trois ans. Nous nous croisons chaque jour, nous nous ennuyons en réunion ensemble, nous sommes parties en mission ensemble. Je crois bien que je me suis sentie trahie. Ce qui m’a anéanti, c’est que je ne pouvais pas fuir cette situation car j’avais le risque de vous croiser, mon ex-mari ou toi au laboratoire. Je n’avais plus aucun lieu où je pouvais me sentir en sécurité, plus aucune forteresse où me cacher. J’étais devenue Sisyphe, à rouler mon rocher de la douleur vers le sommet qui finit par débouler en bas de la montagne à chaque croisée de couloir. Je me trouvais meurtrie, au bord des larmes à l’évocation de ton nom. Je te voyais dans ma maison à jouir du bonheur que j’avais mis tant de temps à construire, brique par brique.

Seulement, je déteste être en colère. Vraiment, profondément. C’est une émotion que je fuis, que j’essaie de ne jamais ressentir tant elle m’est étrangère. Je ne suis pas faite pour la colère. Elle me ronge, m’obsède et m’envahit, me salit, me torture. Je la déteste car elle m’encombre, elle devient un fardeau si lourd que je la ressens dans mon corps. Un poids. Je me réveille au milieu de la nuit, me tord de douleur, mon ventre brûle. Je déteste la haine. Il n’y avait donc qu’une seule option pour me sentir mieux.

Pardonner, accepter.

Après réflexion, je ne crois pas que tu aies fais cela pour me nuir. Je te connais un peu et je sais que tu es une grande âme sensible comme moi. Et puis, tu ne m’as pas vraiment trompée puisque mon mari et moi, nous étions officiellement séparés. A présent, nous allons partager les mêmes sphères familiales et professionnelles. Nous ferions mieux de nous entendre et pourquoi pas de s’aider l’une, l’autre ce que nous avions déjà initié dans le cadre du travail, cadre masculin et machiste.

Marianne m’a dit avec enthousiasme, que ce week-end, tu avais commencé à lui apprendre le piano. Voilà une bonne chose depuis le temps qu’elle me demande à prendre des leçons! Ne faut-il pas tout un village pour élever un enfant? Comment pourrais-je y arriver seule? Et si mon handicap empire au cours du temps? Finalement, n’est-ce pas une chance que je te connaisse déjà un peu? Je connais ta nature douce et ton intelligence, ta volonté permanente de résoudre les conflits de façon pacifique. Et puisque Marianne pleure déjà de ne pas pouvoir te voir pendant une semaine, n’ai-je donc d’autre choix que de faire la paix avec toi? Pour pouvoir sourire et rire à nouveau.

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7 réflexions sur “Lettre à la nouvelle compagne de mon ex-mari

  1. Magistral et douloureux ! Grand et fort et si fragile.
    Va pas à pas. Arrête quand c’est trop dur. Soit bonne avec toi. Ecoute ta colère quand elle te parle ça lui évitera de hurler.
    C’est un beau chemin. A faire avec discernement.
    J’aime l’amour.

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  2. Je ne trouve pas de mots correctes, dans toute la langue française, pour dire la force de mon émotion face à la lecture de votre article. Personne ne réagit comme ca, vous êtes extra-ordinaire.
    J’espère que vous trouverez aussi le bonheur, seule ou avec quelqu’un, selon votre fonctionnement.
    Courage et bonne continuation

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    • Merci Faraday pour votre messages qui me fait chaud au coeur. J’essaie d’agir en accord avec ce que mon coeur me dicte et non en fonction de comment la société voudrait que je réagisse.
      Encore merci d’avoir pris le temps de m’envoyer ce petit message.
      Aspipistrelle

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  3. Pingback: To my ex’s next girlfriend | Aspipistrelle

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