Lever De Rideau 

Que s’est-il passé ces dernières semaines chez Aspipistrelle? Et le déménagement ? Et Marianne, comment vit-elle la séparation de ses parents? Comment Aspipistrelle, en tant qu’aspie, vit-elle ces bouleversements?

Il y a quelques semaines, je vous annonçais ma séparation. Entre temps, il m’a fallu trouver un appartement pour y vivre avec Marianne, ma petite HPI de 5 ans, vendre la maison, démenager, mettre en place la garde partagée. Cette période tumultueuse a été d’autant plus difficile qu’un de mes  proches est décédé violemment. Je n’en parlerai pas sur ce blog, je ferai mon deuil en silence. Vous comprendrez bien que ces dernières semaines ont été surchargées en stress, émotions mais aussi en menus bonheurs car même dans la tourmente, la vie nous réserve toujours de quoi espérer.

Le déménagement s’est passé sans problème majeur. L’appartement est grand, refait à neuf, entouré de verdure avec une vue au loin. Le loyer correspond aux prestations m’obligeant à repenser mon budget et évaluer mes dépenses à la baisse c’est-à-dire chercher le magasin qui vent le moins cher les pâtes sans gluten et refuser à Marianne des achats non nécessaires. En d’autres termes, je dois compter mes sous, faire des économies ce qui n’était pas le cas avec deux salaires. Nous allons à pied à l’école ce qui plaît beaucoup à Marianne. Enfin, plutôt en courant car Marianne court toujours. Elle est en sprint constant. Chaque matin, nous prenons quelques instants pour décrire la couleur du ciel, ressentir l’humidité et la température extérieures, dire bonjour aux oiseaux et aux écureuils du parc. Bref, certains diraient que je lui transmets mon côté  » cul-cul ».

Cela semble idyllique sauf que pour une aspie, vivre en appartement, c’est difficile à cause des voisins et du bruit! Dans ma maison, je dormais à points fermés 7 heures d’affilée. Depuis que j’ai emmenagé ici, je n’ai pas l’impression d’avoir fait une seule nuit complète sans me réveiller deux ou trois fois. J’entends  le chien du rez-de-chaussée aboyer, les talons de la voisine du dessus qui claquent dès 5h du matin, une clef qui se tourne dans une porte d’entrée quotidiennement à 06h30. Je ne fais pas exprès mais je connais déjà tous les emplois du temps de mes voisins parce que j’ai une ouïe hypersensible qui me fait entendre tous les bruits de l’immeuble, parce que je vois les va et vient de chacun et que mon cerveau ne peut s’empêcher de créer des liens entre tous ces évenements: « c’est mardi soir, Mr Picard va faire les courses »,  » Mme Mangel rentre pour sa pause déjeuner et elle va retrouver son mari qui l’attend, ils vont se disputer »,  » il est 13h05, la maman du 3ème est en retard pour sa pause déjeuner de 45 minutes ». Je vous assure que tout cela ne m’intéresse pas du tout. Je voudrais que toutes ces informations ne prennent pas tant de place. Je m’en fout de tout ça mais pourtant c’est là et cela captive mon attention, prend de la place mémoire. C’est inutile. Je rêverais de n’entendre qu’un fond sonore diffus permanent et de me foutre de mes voisins mais non, voilà, mon cerveau a décidé qu’il allait retenir tous les détails de leurs vies: couleur de voiture, de rouge a lèvres, vêtements, taille du parapluie, forme du porte clefs, horaires de travail, odeur d’eau de Cologne, lourdeur du pas. Malheureusement, il n’y a pas de soupape à mon cerveau.

Marianne va très bien. Sa routine n’a pas été bouleversée. Elle va toujours à la même école, pratique toujours la gymnastique deux fois par semaine. Elle voit sont papa presque tous les jours. Il la fait dîner le lundi, l’emmène à l’entraînement le mardi et le jeudi, la garde un mercredi et un week-end sur deux. Elle semble heureuse malgré tous ces changements. Nous allons commencer à préparer son sixième anniversaire!

Je me suis entretenue avec la maîtresse à propos de la séparation et du déménagement. Celle-ci m’a dit qu’elle n’avait pas déceler chez Marianne de comportements particuliers qui pourraient traduire un certain malaise. Au contraire, Marianne a parlé de sa nouvelle chambre et des écureuils du parc avec joie. Sans doute, le fait que son papa et moi communiquons beaucoup la rassure et lui permet de mener sa vie de petite fille sans trop de perturbations.

Etant seule à l’élever, ( je m’entends pour les gestes du quotidien, son papa étant bien présent pour toutes les décisions concernant son éducation), j’ai du lui apprendre à se débrouiller un peu plus seule. Elle râle, elle lutte, tape du pied mais quand elle voit qu’il n’y a plus le choix, elle  s’adapte et fait d’elle-même et finit même par le faire avec entrain.

Marianne dort toujours aussi peu. J’ai beau la coucher à 20h30, je l’entends chanter ensuite pendant une heure ou se plaindre qu’elle n’arrive pas à s’endormir:  » Mamaaaan, je pense tellement à m’endormir que ça m’empêche de dormir-eu! », jusqu’à 21h30 voire plus tard. Quand je pense qu’elle s’est endormie, j’entends ma porte de chambre s’ouvrir lentement et une petite voix qui dit  » Maman, je crois que j’ai des poux, tu ne voudrais pas vérifier? » ou encore  » J’ai mes ongles qui m’empêchent de dormir! ». Alors je vérifie, je lime, je rassure, je borde, je dis  » bonne nuit, c’est l’heure de dormir maintenant. » Je ne m’énerve plus, j’accepte ces horaires de coucher non conventionnelles, hors-norme.

Marianne a toujours un esprit en alerte:  » Maman, j’aimerais que tu m’expliques comment fonctionne un moteur » ou encore en résonance depuis les toilettes  » Maman, est-ce que les yeux sont rattachés au cerveau? ». Elle est bouillonnante de questions en tous genres. Bien que j’ai arreté de lui apprendre à lire depuis un an, elle continue seule sa progression, son déchiffrage. Hier, dans la voiture elle me dit:  » tu sais maman, j’ai compris pourquoi sur les panneaux qui indiquaient l’hopital, il y a avait un H, c’est parce que H+O, ça fait le son « O » ». Et j’ai rajouté:  » oui, tu as raison et il y a aussi H+A qui fait  » A » comme dans  » haricot » ». Le soir même, elle a ressorti les deux exemples à son père. Dans l’auto, elle s’invente des petits jeux avec les chiffres: compter de 2 en 2 jusqu’à 100, compter de 100 en 100, faire de petites multiplications.

Depuis quelques jours, elle fait des crises violentes de provocation/opposition à mon encontre. Il y a deux soirs, elle s’est mise à pleurer avant d’aller au lit en tapant du pied et en me disant: « Maman, j’en ai marre, je veux apprendre des choses mais je ne sais pas lire les livres! ». J’ai donc ressorti le matériel de lecture avec pour objectif qu’elle puisse lire pour les grandes vacances. Elle sait déjà lire des phrases simples comme  » Maman caresse le chat, elle trouve cela relaxant ». Mais ne connait pas encore les sons plus compliqués comme  » eau, gnon, ay, qu, tion, ction, ph… ». Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est qu’elle apprend vite la lecture mais râle en permanence pendant nos séances et surtout pendant le déchiffrage des phrases. Sans doute, parce que cela lui demande un certain effort qu’elle n’ a pas l’habitude de fournir. Je désobéi donc aux consignes du psychologue qui l’avait diagnostiqué HPI et qui m’avait déconseillé de remplacer l’école. Seulement, le fait est là, les crises d’opposition ont cessé. Est-ce lié ou bien existe-t-il un autre  paramètre que je n’ai pas vu et qui expliquerait la fin de sa colère permanente?

Nous avons profité des vacances pour adopter un chat que nous sommes allés chercher au refuge. Cela faisait longtemps que j’en voulais un mais mon ex-conjoint était contre cette idée. J’ai toujours pensé que ce serait bien pour Marianne d’avoir un compagnon poilu mais j’avais aussi peur du travail supplémentaire occasionné ( litière, vétérinaire, nettoyage des poils de chat). Alors oui, il y a du travail mais la contrepartie vaut le coup. J’avoue que je n’aurai jamais penser autant  apprécier les câlins de mon chat. Et puis, ce qui est génial, c’est que mon chat s’en tape le coquillage que je sois autiste!

Une chose est sûre, depuis que je vis seule, je me sens moins autiste. Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie, que n’ayant plus à me confronter en permanence au regard neurotypique, je me sens moins déficiente, handicapée, bizarre, fatiguée. Et pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’un iota. Je suis toujours la même, je fais les choses toujours de la même manière, j’élève ma fille selon les mêmes principes et mêmes valeurs. Néanmoins, Je me sens moins défaillante. C’est tant mieux me direz-vous? Pas si sûre, cela ne signifie t-il pas que je sois vouée à la solitude pour me sentir bien, en harmonie?

Suivez-moi sur Facebook ou Instagram ou contactez-moi : aspipistrelle@yahoo.fr

 

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7 réflexions sur “Lever De Rideau 

  1. Bonjour,
    Je viens de lire intégralement vos articles, quelle bouffée d’air de vous découvrir au fil du temps, de la recherche du diagnostique à votre vie actuelle.
    Puis je vous écrire par MP ?
    Merci. A très bientôt de vous lire.

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  2. Bonjour,

    Alors même que mes difficultés en ce moment ne sont pas du tout les même que les tiennes, ton témoignage me parle beaucoup – dans le ton, dans les choix que tu fais, je ne sais pas. En tout cas ça fait du bien, comme j’espère que ça te fait du bien de l’écrire.

    Je rebondis sur l’apprentissage de la lecture : vers 4-5 ans j’avais très fort cette envie d’apprendre à lire, et finalement c’est ma soeur de 10 ans qui m’a appris, pendant l’été.

    J’ai déjà entendu les réticences des instits et des psy sur le sujet, mais je n’en connais pas la raison. Je peux juste en dire deux choses :
    1. En tant que petite fille je n’ai pas un instant regretté, même quand en CP je m’ennuyais le matin pendant la séance d’apprentissage de la lecture. Mon instit était très vieille école, actuellement je pense qu’on donnerait un bouquin à l’enfant qui sait déjà lire pendant cette séance.
    2. En tant qu’adulte et pédagogue de métier je constate chaque jour que la sacro-sainte progression qu’on s’imagine si importante n’est en réalité qu’un artifice. Chaque personne, enfant adolescent ou adulte, progresse à sa vitesse et dans le sens qui sera bon pour lui. C’est donc tout aussi absurde d’interdire d’apprendre à lire à un enfant qui en fait la demande, que de forcer la lecture chez un enfant qui n’est pas encore prêt.

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  3. Pingback: Ouvrir Les Esprits, Un A La Fois | Aspipistrelle

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