Mon plus beau cadeau de Noël 

Mon cadeau cette année est de ne pas fêter Noël.

Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai, j’ai célebré le réveillon avec ma fille Marianne et son papa à la maison, en toute simplicité, dans la bonne humeur, sans enjeu, sans pression, dans le respect de chacun.

Nous étions prêts à passer du temps ensemble car nous le désirions ( je rappelle que mon mari et moi divorçons et que je quitte la maison dans 15 jours). Nous avions aussi décidé de respecter le rythme de Marianne, c’est-à-dire celui d’une enfant de 5 ans. Ainsi, elle a eu ses cadeaux à 19h00 juste avant le dîner. Le père Noël, en passant, a bien bu son verre de lait et donné les carottes à ses rennes ;-). Marianne et moi avions enfilé nos habits de fête pour l’occasion. Nous avons écouté des chants de Noël et mangé des biscuits à la cannelle. Finalement, nous avons couché Marianne à 21h30 et voilà cette soirée féerique était terminée.

 Tout cela m’a beaucoup plu. Surtout, surtout parce que je savais que le lendemain, je pourrai récupérer, recharger mes batteries d’aspi, que je n’aurai pas besoin de rester trop longtemps cachée dans les toilettes pour avoir 5 minutes de répit sonore. Aujourd’hui, jour de Noël, je peux prendre le temps de vous écrire en pyjama en mangeant une tranche de saumon à 11h du matin juste parce que j’ai faim.

 

Ce réveillon de Noël peut paraître pour certains « pépère », ennuyeux, pas très  » fun ». Ce que les gens ne se rendent pas compte, c’est que cette journée m’a demandé énormément d’efforts pour qu’elle soit réussie et surtout que j’y prenne plaisir. En effet, j’ai commencé la journée en me rendant au grand supermarché archi-rempli de monde comme vous pouvez l’imaginer un 24 décembre. J’avais promis à Marianne que nous réaliserions des biscuits de Noël et j’étais à court d’un ingrédient principal: la farine. Dans une famille normale, quand ça arrive, pas de problème, on peut se permettre de sonner chez la voisine, lui demander de nous dépanner et le tour est joué. Dans une famille d’allergique au blé et gluten, c’est tout de suite plus compliqué. Il faut traverser la ville pour se rendre au seul magasin qui vend de la farine de riz semi-complète à l’épi barré et prier pour qu’ils n’aient pas virer le rayon  » diététique » au profit du rayon foie gras. Finalement, nos biscuits seront au sarrasin. Cette heure passée dans ce supermarché bondé avait déjà mis mon cerveau en surcharge partielle à cause des déplacements erratiques des gens, du contact physique puisqu’on est souvent poussé voire même bousculé, de la musique de Noël dont le volume est augmenté…Je suis ressortie de là, déjà épuisée et il n’était que 11h du matin.

L’après-midi, j’ai passé du temps ave  Marianne à jouer à des jeux d’enigmes puis à faire la pâtisserie. C’est le moment pour elle, d’apprendre les notions de poids et mesure mais aussi de développer sa motricité et également d’integrer le travail collaboratif. Je me prête donc volontiers à cette tâche. Toutefois, elle me demande beaucoup d’énergie. Je n’ai aucun problème pour cuisiner seule mais dès que je dois mêler cette activité avec des interactions ( donner des consignes claires, surveiller que Marianne ne tombe pas de la chaise en mélangeant la pâte, écouter et répondre à ce qu’elle me dit), cela devient très compliqué pour moi. C’est comme si toutes les informations auditives, visuelles, olfactives arrivaient d’un coup dans mon cerveau et le mettait en veille ou en sous-régime. Du point de vue de Marianne, je pense qu’elle ne voit pas la différence. Elle est fière de ses biscuits qu’elle distribuera à ses papys, mamies, cousins, cousines. Elle a passé un chouette moment à malaxer, touiller, appuyer, décorer. Je suis également ravie du résultat: à la fois, j’ai réussi à inculquer quelques notions de mathématiques à ma fille mais aussi je vais pouvoir déguster de délicieux biscuits sans lait sans gluten. Seulement voilà, j’en ressors lessivée, le cerveau au ralentit, ramolli.

Il a fallu ensuite préparer le diner, tout en ayant une conversation ( sensée et intelligible si possible) avec le papa de Marianne, tout en répondant aux sollicitations de ma petite qui commençait à être survoltée par l’attente du père Noël ( « Quand est-ce qu’il arrive le père Noël ? » toutes les 3 secondes ;-)), tout en entendant  » Vive le vent d’hiver » en fond sonore. Bref, de quoi aspirer mes dernières onces d’énergie.

La soirée s’est donc finie vers 21h. J’en suis ressortie épuisée mais heureuse. Heureuse d’avoir respecté mes limites et d’avoir pu, pendant cette période être une maman souriante et caline avec qui on rigole et une hôte interessante. Je sais qu’il m’aurait été impossible de veiller plus tard, supporter d’autres conversations sans meltdown.

Ce matin, Marianne est partie avec son père passer deux jours chez sa grand-mère avec toute sa famille. Elle se réjouissait de passer du temps avec ses cousines et de partager ses biscuits. Je la laissais partir, sereine et surtout ravie de pouvoir récuperer de la veille, au calme.

Au cours des 6 dernières années, nous avons passés les fêtes chez mes beaux-parents, rejoints par leurs enfants soit 14 personnes  au total sous le même toit pendant 48 h. Ne me méprenez pas, j’aime beaucoup toutes ces personnes. J’aime ma belle-mère, ma belle-soeur, mes neveux et nièces. J’aime passer du temps avec eux, partager des discussions enflammées sur la politique, aider les nièces à enfiler les robes de princesses, donner un coup de main pour écailler les huîtres et surtout prendre des photos de tous ces moments inoubliables. Pourtant, malgré ces bonheurs, les fêtes en famille sont pour moi un véritable challenge sensoriel, comme beaucoup d’autistes. Partager une minuscule chambre surchauffée à quatre même dans la joie et la bonne humeur, cela reste une épreuve pour moi. Ne pas trop avoir l’air autiste malgré les multiples conversations simultanées, les va-et-vients des enfants jouant autour de la table, non sans bruit  et souvent munis de jouets sonores, c’est difficile. Je n’y peux rien, ce n’est pas une question de volonté, c’est mon cerveau qui me joue de mauvais tours en ne répondant pas correctement aux différents signaux venants de l’extérieur.

 

J’ai bien conscience que ces fêtes en famille sont essentielles pour Marianne et je ne souhaite qu’une chose pour elle, c’est qu’elle puisse y assister. Elle se construit une histoire, des racines, des souvenirs, des attaches. Cela n’a pas de prix. Je suis heureuse que son père l’y accompagne pendant que moi, je récupère au calme. Je serai alors, à nouveau, pleine de ressources, à son retour pour pouvoir l’accueillir et commencer ces prochaines vacances avec elle.

Je profite de ce billet pour vous souhaiter, à tous, de joyeuses fêtes. Je souhaite à chacun de pouvoir être accueilli dans sa famille, avec ses particularités d’autiste, de neurotypique, de surdoué sans mauvais jugement.

 

 

 

 

 

 

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