Dead Inside

Ca commence ainsi, je gère. Debout 06h30, je lève la petite, je m’adapte à ses hypersensibilités et à sa routine. Tout ça, c’est réglé comme du papier à musique: biberon, habillage, préparer le repas sans allergène pour la cantine, se battre avec la pointe des collants qui gènent dans les bottes. Vingt minutes de trajet, bisou-calin, » à ce soir ma chérie ».

08h30, arrivée au laboratoire. J’ai mon programme de la journée en tête. Je rencontre les deux doctorants que j’encadre, nous plannifions la journée. Réparation de matériel le matin, séminaire l’après-midi, écriture d’article scientifique s’il reste du temps.

18h00, garderie, je récupère la petite. 20 minutes de trajet. Je gère la transition de la petite plus ou moins bien. Je prépare deux repas, nous n’avons pas tous les mêmes allergies.

22h10, je sors de la chambre de la petite après le énième rappel. Est-ce vrai que certains enfants dorment à 20h30 les soirs d’école?



Un jour, je gère…Deux jours, dix jours, un peu moins bien…

Puis un jour, j’ai le  réflexe de me reculer quand on m’approche par derrière et  de trop près. Je ne veux plus qu’on me touche. Je deviens hyperactive, je cours pour me déplacer.

Puis un soir, je me sens vide, sans émotion, sans volonté. J’ai l’impression d’être quelqu’un d’autre. Je me regarde dans la glace pour m’assurer que je suis bien vivante. Je vois le reflet d’une personne qui m’est familière. Je crois que c’est moi mais je n’en suis pas tout à fait sûre. Je commence à me déplacer avec lenteur et tout mon corps m’est étranger. Je ne le sens plus. Je panique. Je veux sentir mon corps. Où suis-je? J’ai besoin de me faire mal pour le sentir. Qui suis-je? Je me cogne alors volontairement le bras sur le coin d’un meuble. D’abord, je ne sens rien. Je cogne plus fort. Ha, ça me fait du bien. Je crois qu’il faudra que je cogne encore plus fort pour me sentir mieux. Enfin, pour me sentir tout court.


Je connais cet état. Avant d’avoir mon diagnostic, je croyais sombrer dans la folie. Aujourd’hui, je sais qu’il s’agit d’un effondrement émotionnel passager, de « meltdown» autistique qui survient lorsque le cerveau autiste a été soumis à trop de stimuli.


Mon mari me demande ce qui ne va pas. Je lui dis que je ne vais pas bien. Il me demande si je suis malade et je lui réponds « non, c’est autre chose. C’est…tu sais quoi ». Je n’ose pas prononcer le mot autisme, j’ai honte. Il m’embrasse alors en me serrant très fort. Il sait que j’ai besoin de ressentir mon corps puis il me laisse partir sans dire mot.

Je sais que j’en ai pour deux, trois jours à être étrangère à moi-même, à être morte à l’intérieure, indifférente au monde,  ¨dead inside¨, avant de pouvoir regrouper les morceaux de mon moi, éparpillés, par-ci, par-là et de pouvoir ressentir à nouveau le contact de la peau douce de ma fille et des baisers chauds de mon amoureux.

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Une réflexion sur “Dead Inside

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