Je Suis Down Down Down, Meltdown

IMG_0543.JPG

Cela faisait plusieurs jours que je le sentais arriver et il arriva avec perte et fracas. Le  » meltdown », la crise de nerfs, l’effondrement émotionnel ou autistique. Cela a commencé avec ma fille qui m’obligeait à répéter au mot près les phrases de son livre d’histoires sans quoi elle se mettait à hurler. Au lieu de me dire que c’est sûrement une conséquence de son ( probable ) autisme, je bloque et je persiste à raconter l’histoire comme je l’entends. Elle hurle, je crie que ça suffit et c’est la crise. Il y a des jours où je n’arrive pas à appliquer avec ma fille, les stratégies de débloquage de situations liées à l’autisme, surtout quand je suis moi-même en surmenage. Ca donne deux autistes dans la même pièce qui crient.

S’ensuit deux journées où mes collaborateurs m’imposent des déplaçements et des plannings sans discussion préalables. On me demande mes services d’expertise que j’accepte de fournir puis on me dit que je vais devoir faire 900 kms dans un minibus avec 8 autres personnes en plus des horaires conventionnelles pour aller voir les collaborateurs. Ensuite,  un déplacement professionnel d’une semaine m’est imposé alors que nous avions planifié nos vacances.
Je bous, j’explose. Suite à cette dernière annonce, je sors de l’université en pleurant jusqu’à la maison. Je ne peux plus bouger. MELTDOWN.

Je me sens si impuissante. Je sais que c’est l’autisme qui est responsable. La rigidité face aux changements. Ce qui me rend triste, c’est que je ne peux en parler à personne. Personne.

L’autisme, ça se cache. On prend sur soi comme on dit chez les neurotypiques. On ne balance pas son autisme sur la place publique, ça ne se fait pas. Les personnes qui savent pour mon syndrôme me déconseillent fortement de l’annoncer. Ils me mettent en garde contre les moqueries, les conséquences. Alors je dois souffrir de mon handicap en silence.

Je disais dernièrement à mon conjoint: » Imaginons que je viens de me faire une entorse et que j’ai besoin de béquille mais que je refuse de parler de ma blessure car j’ai peur qu’on m’écarte du laboratoire. Qu’en conséquence, je continue de travailler et de monter les 5 étages qui séparent ma salle de labo de mon bureau sans rien dire mais tout en souffrant le martyr. Que me dirais-tu? ». Il me répond  » je te dirais d’arrêter et d’informer ton chef. » Et pourquoi je n’ai pas le droit de parler de mon autisme qui est un handicap au quotidien et qui me fait souffrir? A cette question, il me répond  » Tes collègues ne comprendraient pas pourquoi, du jour au lendemain, tu demandes un aménagement de ton lieu de travail et tes horaires de travail sous prétexte que tu viens d’avoir un diagnostic alors que jusque là, tu faisais très bien sans. Tu passerais pour une chi.use ». Mais alors, je dois souffrir sans rien dire? « Oui mais avant ton diagnostic, tu t’en sortais très bien! »

C’est cette dernière injonction qui est fausse. Non, je ne m’en sortais pas très bien! Je souffrais en silence, c’est tout. Je n’ai pas le droit de mettre en avant mon handicap. Voilà la leçon du jour. Surtout ne rien dire, sinon, c’est la double peine. Continuer coûte que coûte à faire semblant. Surtout ne rien dévoiler. Voilà ce qui m’attriste aujourd’hui.

Publicités

3 réflexions sur “Je Suis Down Down Down, Meltdown

  1. Bonjour,
    je trouve votre article touchant, MAIS…
    Je réagis à ce passage: « S’ensuit deux journées où mes collaborateurs m’imposent des déplaçements et des plannings sans discussion préalables. On me demande mes services d’expertise que j’accepte de fournir puis on me dit que je vais devoir faire 900 kms dans un minibus avec 8 autres personnes en plus des horaires de boulot pour aller voir les collaborateurs. Ensuite, mon chef planifie un déplacement d’une semaine fin juillet sans me demander alors que nous avions planifié nos vacances. »

    Et vous vous accusez de faire un meltdown parce que vous n’êtes pas adaptable ? PAS D’ACCORD. Etre adaptable ne veut pas dire accepter d’être corvéable à merci et d’être trimballée en-dehors de vos heures de travail sans préavis et au mépris de votre vie personnelle et des engagements que vous aviez pris ailleurs, dont l’annulation aura des conséquences sur toute votre famille. Ce que vous décrivez n’est pas une situation acceptable, même si en signant votre contrat vous saviez que ça pouvait arriver et bla bla bla. D’un être humain à un autre, ce n’est pas correct de vous imposer cela, même en s’excusant, même en ayant de bonnes raisons, même si c’est important.

    Si vous avez accepté, meltdown ou pas, vous êtes effectivement adaptable, très adaptable même, et donc bien trop dure avec vous-même. Ce n’est pas parce que votre sensibilité fait que vous piquez une crise face à une injustice que ça fait de vous la coupable, bien au contraire. Vous avez totalement raison de faire un meltdown, vous n’avez pas d’autre moyen de manifester votre désapprobation face à cette injustice que vous subissez directement ; c’est le fait que la plupart des gens trouvent ça acceptable et plient l’échine sans sourciller ou sans le manifester aussi spectaculairement qui n’est pas normal. Parce que, soyons honnêtes, vous (ni personne) ne devriez pas avoir à craindre de dire « non », « stop », « ça suffit », ou « mon temps en-dehors de mon travail m’appartient et malheureusement j’ai déjà fait des plans cette fois-ci ».

    Quand je lis un tel témoignage, je ne me dis pas « ah oui, c’est typiquement autiste ça », mais « voilà un être humain très connecté à ses émotions qui vient de passer un sale quart d’heure ». Ca me rappelle que face à certaines situations je me demande souvent, hébétée, incrédule, si c’est vraiment moi l’autiste ou les autres qui ne réagissent pas, qui n’ont pas l’air de ressentir grand chose, qui acceptent des choses irrespectueuses et en font subir aux autres, sans même s’en rendre compte, qui ne semblent pas être conscients de leur propre existence et de leurs propres agissements incohérents, qui ferment les yeux si facilement.

    Je vous souhaite bon courage pour passer cette fin de juillet toute laide.

    J'aime

  2. Pingback: Syndrôme d’Asperger: Mes Emotions Sont Une Toile de Pollock | Aspipistrelle

  3. Pingback: Pense-Bête: « N’oublie Pas Qui Tu Es  | «Aspipistrelle

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s