L’Element Déclencheur

La naissance de ma fille fut le plus beau jour de ma vie. Je ne pensais jamais dire cela un jour car c’est tellement  » cliché ». Toutefois, j’ai vécu cette arrivée comme un miracle aussi douloureuse que fut sa mise au monde. Sans doute parce que j’ai bien cru cette nuit là que j’allais mourir tant l’accouchement se passait mal. La peur de la mort mélée à la merveille de la vie. S’en est suivie une année que j’appelle  » la twillight zone ».

La « twillight zone » c’est un espace temporel dont il reste peu de souvenirs tant j’ai peu dormi, tant j’étais épuisée. Marianne ne dormait pas, elle pleurait sans cesse jusqu’à trois heures d’affilée ( véridique) de jour comme de nuit, hurlait au sein. Le corps médical était sourd face à mes inquiétudes. On m’a même dit  » une maman stressée rend son bébé stressé « . Merci pour ce conseil docteur! Marianne souffrait d’un terrible RGO et cela nous a pris plus de 7 mois pour avoir un diagnostic et la soigner. Puis les allergies alimentaires sont apparues lors de la diversication et les nuits sans sommeil accompagnées de pleurs se sont succédées. En même temps, je commençais un nouveau travail à 300 kms de mon conjoint avec un bébé malade qui criait sans cesse et je devais assumer beaucoup de choses relatives à mon enfant en plus de me sentir le devoir de femme de prendre soin de mon conjoint lorsqu’il nous rendait visite les week-ends. J’ai commencé à changer. C’est sans doute normal pourra t on me dire pour toute maman dans cette situation. Mais pour moi, cela a pris d’énormes proportions. Je ne souriais plus, j’étais ultra sensible au toucher, j’avais un besoin énorme de me plonger dans des activités insensées pendant des heures ( enlever la mousse de ma terrasse), j’ètais sans cesse en colère si mes routines quotidiennes n’étaient pas respectés et je répondais par la négative à toute proposition d’activités extérieures. Ce fut le début de ma déconstruction. Mon conjoint me disais que j’avais changé, que je n’étais plus comme avant. Je lui rétorquais  » c’est normal, je suis mère maintenant, comment puis-je être la même qu’avant? ». J’avais une impression de sombrer dans la folie. Le fait est que je n’ai fait que révéler ma nature profonde, ma nature rigide , ma nature d’autiste. Face à la fatigue, je n’avais plus d’énergie pour compenser, pour m’adapter au monde environnant. Le peu d’énergie qu’il me restait, je l’utilisais pour préparer les repas, amener la petite chez le pédiatre, faire les feuilles de salaire de la nounou et remplir les formulaires de la CAF. Plus d’énergie pour faire semblant de sourire, de partager, de communiquer. Le masque était tombé. L’état de Marianne ne s’améliorait pas, la nounou se plaignait de son comportement rigide et colérique, de son refus de participation aux activités, de sa prostration parfois. J’ai pris conscience qu’au delà de la maladie de Marianne, il y avait quelque chose en plus, un trouble en plus. Mes recherches sur internet mon vite amenée à l’autisme et au syndrôme d’Asperger que j’ai pu appliquer non seulement au comportement de ma fille mais à moi aussi.


Révélation


Il a fallu un élément déclencheur: la naissance de ma fille pour que je me révèle sous ma vraie nature. Oui, sa naissance a été le plus beau jour de ma vie. Ces trois dernières années ont été une véritable épreuve, marquées par des moments d’extrême souffrance. Je me suis déconstruite pièce par pièce, pensée par pensée. Je me suis décortiquée, j’ai gratté la peau jusqu’à l’os pour y voir plus clair. J’y ai trouvé une chose à laquelle je ne m’attendais pas : mon moi, mon  » self », entier complet. J’ai trouvé la pièce manquante, je l’ai imbriquée dans le reste du puzzle. Cette pièce que l’on nomme  » syndrôme d’Asperger » . Je me suis reconstruite. Je ressens aujourd’hui de la plénitude même si je sais que je vivrais en permanence une vie en  » montagnes russes ».

Aujourd’hui je me suis trouvée et je peux enfin être heureuse. Aujourd’hui, en ce mois de décembre, nous allons décorer le sapin en famille et je vais apprécier chaque moment et sans doute verser des larmes d’émotion que, pour la première fois de ma vie, je ne trouverai pas stupides. Je pourrais juste me dire, cette hyperémotivité autistique ne me donne pas de répit. Ma fille me demandera sûrement pourquoi je pleure et je pourrais lui répondre sans honte  » Parce que je suis émue d’être avec vous et de vivre la magie de Noël. Ne trouves-tu pas ce sapin magnifique? Je suis heureuse que tu sois là et que nous soyons ensemble, je te trouve si jolie, ma fille chérie, tu es ma merveille! »

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2 réflexions sur “L’Element Déclencheur

  1. Le masque était tombé… Je crois bien que la naissance de mon fils il y a 3 ans a fait tombé le mien aussi, plutôt qu’elle n’a déclenché une dépression comme veut bien m’expliquer le corps médical

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  2. Merci pour votre témoignage! Mon masque était tomber avec la maladie et la condamnation a la mort… dans quelques semaines je vais être maman célibataire. Vos écrits me redonne le courage du coup de blues près accouchement… asperger oui, handicapée moteur aussi, célibataire aussi… mais surtout enfin mère! MERCI

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