Le corps morcelé: schizophrénie vs autisme

 

                 Il y a une dizaine d’années, je faisais part à mon meilleur ami que parfois, je voyais mon bras mais je n’avais pas pleinement conscience qu’il s’agissait du mien. Je lui confiais aussi que, parfois, j’avais du mal à associer l’image que me renvoyait le miroir comme étant celle de mon propre corps en intégralité. Il m’a alors répondu que c’était un symptôme assez fréquent chez les schizophrènes.

Ne connaissant pas alors le syndrome d’Asperger, je me  dis que décidement, j’étais vraiment anormale. J’ai posé la question aux personnes de mon entourage pour essayer de trouver quelqu’un qui avait comme moi du mal à prendre conscience de ses propres membres et ainsi me rassurer : « ca t’arrive aussi à toi, de regarder tes jambes et de ne pas les reconnaître comme t’appartenant? ». Vous le comprendrez, ce genre de questions n’a pas améliorer ma popularité ! Je sentais bien que ce genre de questionnement dérangeait les autres et je sentais bien au fond de moi que ce n’était pas normal de se poser ce genre de questions. Pendant longtemps, j’ai eu peur de me transformer en schizophrène amnésique tels que Leonard Shelby dans le film « Memento » ou encore en Tyler Durden dans « Fight Club ». Récemment, j’ai lu (je ne retrouve plus la source, désolée)  que les autistes aussi, souffraient de ce morcellement du corps. Cela m’a grandement soulagé!

                    Il y a un autre fait remarquable dont je fais souvent l’expérience: c’est de se voir comme si on regardait un personnage dans un film. On bouge, on agit mais malgré tout, on prend part à la scène comme quelqu’un d’extérieur. J’ai retrouvé ce phénomène dans un passage du livre de Temple Grandin « Dans le cerveau des autistes » lorsqu’elle relate sa rencontre avec Tito Mukhopadhyay, auteur de « how can i talk if my lips don’t move? Inside my autistic minds ». Temple Grandin parle alors de l’être agissant  et de l’être pensant.  Elle raconte après sa rencontre avec Tito:

Ce que j’avais vu, je m’en rend compte à présent, c’était l’être agissant de Tito en action, celui que voit le monde extérieur : un garçon qui tourne sur lui même, qui s’agite, qui bat des bras. C’est aussi celui que voit Tito.

Dans son livre, il décrit son être agissant comme « étrange et très remuant ». Il se perçoit de manière fragmentée, « comme une main ou comme une jambe ».

[…] Cet être là, son être pensant est « fait tout entier de connaissances et de sentiments ».[…] L’être agissant court autour de la bibliothèque en battant des bras. L’être pensant observe l’être agissant courant autour de la bibliothèque en battant des bras.

                Faites-vous aussi cette expérience que j’ai longtemps cru être due à un dédoublement de la personnalité? :Agir tout en se voyant agir?

Vous trouverez ici un autre article traitant des similtudes et différences entre schizophrénie et syndrôme d’Asperger.

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Une réflexion sur “Le corps morcelé: schizophrénie vs autisme

  1. La schizophrénie n’est pas un dédoublement de la personnalité, ce que je suppose que vous savez, mais ce n’est pas parce que vous avez effectivement un dédoublement de la personnalité que vous vous voyez de l’extérieur non plus.

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