Un an après ma rencontre avec le syndrome d’Asperger

Il y a un an, je passais la porte du cabinet du Dr Psy et à la question « qu’est-ce qui vous amène dans mon cabinet? », je répondais à moitié en larmes : » je crois que je suis atteinte du syndrome d’Asperger ». Aujourd’hui qu’est-ce qui a changé?

 

Trouverais-je la paix intérieure?

Trouverais-je la paix intérieure?

TOUT A CHANGE

Après avoir pris conscience de ce que j’appelle « mon autisme », je suis passée par un changement complet de la vision que j’avais de moi-même. J’ai relus et réinterprété mon passé à la lumière du syndrome. Je me suis ré-écrite. Je suis passée par une phase très difficile de plusieurs mois où je refusais de me conformer aux attentes de la société, où je refusais de m’adapter. Je voulais que les autres me voient autiste et s’adaptent à moi. Je me suis écartée de moi-meme, loin, très loin. Je me suis perdue. Il a fallu que je me déconstruise pour me reconstruire finalement à peu de choses près comme celle que j’etais avant. J’ai exteriorisé mon autisme pour mieux l’intégrer. Je ne suis pas atteinte d’autisme mais je suis autiste. Il y a une vidéo de TheAnmish  à propos de « I am autistic vs I have autism » qui traite de ce sujet .  J’ai compris que l’autisme n’était pas un comportement atypique que je devais imposer aux autres mais était une facon d’etre au monde, de penser, de percevoir le monde et que l’autisme définissait ma personnalité, celle là même qui existait avant que je connaisse le SA.

Ce qui me perturbe encore aujourd’hui, c’est de réaliser, à travers les témoignages sur le net, les blogs et les livres d’aspergirls, à quels points les traits de caractère qui font ma personnalité se retrouvent chez d’autres aspergirls. C’est être si différente de toutes les femmes et à la fois si proche de certaines d’entre elles. Je n’ai jamais appartenu à aucune communauté, je n’ai jamais   été forgée dans aucun moule et aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir des soeurs jumelles partout dans le monde.

Aujourd’hui, je suis plus indulgente avec moi-même et avec les autres. J’essaie de faire de mon mieux. Il y a des jours où j’arrive à communiquer, à rire, à travailler en équipe et d’autres jours où, sans aucune raison apparente, je n’y arrive pas. Ces jours là, je ne me culpabilise plus.

Je crois que maintenant que je sais que je suis autiste, je me mets plus de barrières. Je me dis que je ne pourrais pas faire telle ou telle chose car je suis autiste, il y aura trop de monde, trop de bruit, trop de stimulations. Bref, je m’autocensure et je fais encore moins de choses qu’avant.

Enfin, grace à mes lectures sur le SA, je comprends mieux ma facon de penser et mes personnalités multiples qui ne me font plus peur (multi-self). Je me sens moins dingue et n’ai plus peur de me retrouver à 40 ans en hôpital psychiatrique.

Je suis triste quand je pense à ma fille qui est peut être atteinte du syndrome d’Asperger aussi. Je crains qu’elle ne ressente le monde avec la même intensité que moi.

RIEN A CHANGE

Je suis toujours aussi intolérante à l’injustice, aux bruits, aux changements, à l’agitation. J’ai toujours mes intérêts spécifiques qui m’obsèdent par dessus tout (en ce moment, c’est l’écriture de mes 3 blogs). J’ai toujours autant de mal à me concentrer et à terminer une tache.

J’ai toujours mes pensées en multi-couches ou multi-niveau. Quand je vais à Castorama pour acheter de la colle, je ne fais pas qu’aller acheter de la colle, je pense aussi au système de parking des voitures, au mécanisme d’ouverture de la porte du magasin, à l’étude sociologique des clients, à la mise en avant des produits saisonnier, à la hiérarchie du personnel, à la méthode de traitement du stock de papier peint, aux méthodes de recrutement des caissières et leurs vetements de travail (tee-shirt avec message de politesse ou promotion du moment en été et veste polaire en hiver car les caisses sont à coté des portes de sortie automatiques) etc, bref toujours aussi épuisant. J’ai réalisé, il y a peu, que les « gens normaux » n’avaient pas ce mode de pensée.

J’ai toujours des jours où j’ai une très forte estime de moi et des jours où je me considère comme le déchet de la race humaine. Bref, j’ai toujours une estime de soi oscillante.

Je n’ai toujours pas d’ami(e).

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Une réflexion sur “Un an après ma rencontre avec le syndrome d’Asperger

  1. Vous lire me fait du bien : je me sens moins seule dans ce syndrome diagnostiqué à 48 ans après une vie d’errance à me demander ce qui « clochait » en moi, malgré mes diplômes, mon job, etc. Merci.

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